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LA LOI. DES CRÉATIONS SUCCESSIVES

des fléaux employés à Tœuvre de destruction, nous échapperaient toujours. Ainsi nous ignorerions l'essentiel de cet ordre que nous croirions démêler. Mais surtout, ces espèces qui s'élèvent sur la ruine des précédentes, ce sacrifice continuel de la vie pour une vie supérieure, sacrifiée à son tour, ce monde, où rien ne naît à nos yeux que pour mourir, ne nous donnent pas la moindre lumière sur les destinées des êtres. Les individus, les espèces même apparaissent comme de simples moyens prodigués et perdus pour une fin inconnue. Le perfectionnement d'organisation, déjà difficile à définir avec une chaîne suivie, encore plus à mettre en rapport certain avec les progrès de l'instinct et de l'intelligence, est enfin impossible à lier à une loi morale quelconque, dans cette nature dont tout produit est un dévorant des autres, les plus parfaits, plus éminemment que les autres. Et le but, par lequel on voudrait justifier ce qui est fatal et injustifiable par essence, le but ne s'entrevoit aucunement à l'extrémité de la carrière du meurtre universel et des générations éphémères. Que certain panthéisme se contente d'une loi ainsi bornée aux plus grossières apparences, qu'il la tienne pour démontrée avant l'heure, et se livre en la contemplant à une de ces effusions d'enthousiasme et d'orgueil dont il s'est fait une habitude systémati(iue; c'est la juste mesure de sa foi. Quant à

nous, nous ne serions pas indifférents à la découverte d-un ordre tel quel des forces génératrices, au milieu du spectacle chaotique de la vie terrestre. Mais si la suite des observations dément délinitivement l'existence de cette loi, nous ne resterons pas pour cela beaucoup plus ignorants de l'ordre profond qui appelle, conserve et transforme les êtres individuels à travers leurs espèces, et leur assure des destinées.

Fondée ou non, cette loi du progrès de la nature à la considérer en elle-même, serait égalemen'tcompatible avec l'hypothèse de la variabilité continue des espèces d'époque en époque, et durant le cours de chacune, ou avec celle de leur fixité pendant chaque durée d'un état de choses sur la planète. Ce dernier point de vue est préféré par le principal auteur de la doctrine. L'unité primitive de l'organisation est rejetée. Des types différents, sans passage possible de l'un à l'autre, sont affectés à divers temps, à diverses circonstances, et séparés par des périodes de destruction et de renouvellement. Les cataclysmes sont dès lors des phénomènes universels pour les habitants de la terre. C'est la théorie dite des crêoMons successives, quoique l'idée métaphysique de la création puisse à la rigueur en être éliminée, en réservant les hypothèses sur l'intervention d'une pensée et d'une action

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