TROISIÈME PARTIE. 4M
l'idée d'un concept; comment n'a-t-il vu que, par sa définition, il l'y faisait rentrer. Qu'est-ce, en effet, que ces règles, ces conditions générales de l'entendement, si ce ne sont des concepts, des concepts déterminés et abstraits? On a trouvé aussi quelque peu étrange que l'idéal de la beauté se trouvât dans la beauté mélangée , et que la beauté pure , libre , en fût privée ; on a donc assez justement contesté la valeur de cette distinction équivoque et malheureuse. Mais la plus sérieuse, comme la plus générale des objections auxquelles ce système est exposé , est celle que lui a faite Herbart. Si cette finalité, si cette concordance qui constitue toute la beauté est toute subjective; si elle est une forme, une idée nécessaire de notre intelligence, comme l'idée de l'espace et du temps , comment se fait-il qu'on ne puisse pas l'appliquer partout? Tous les objets ne fournissent-ils pas à l'imagination des intuitions qui , par la constitution même de nôtre esprit, doivent concorder avec les règles générales, les lois universelles de Y entendement? Il est impossible de le nier ; mais alors tout serait Beau, et c'est ce qu'il est impossible d'admettre. Il est évident que le principe de la finalité subjective telle que l'entend Kant, devrait pouvoir s'appliquer à tous les phénomènes de la nature, et que cependant si on l'identifie avec la beauté , on ne le peut pas appliquer à tous , à moins de braver ouvertement le sens commun. Il y a donc une contradiction au cœur même du système , et une contradiction que rien ne peut lever.
Du Beau Kant a distingué le sublime. Le sublime
n'est ni un degré ni une espèce du Beau. C'est, il est vrai, comme le Beau, l'objet d'un jugement de réflexion, jugement particulier, quoique s' attribuant une validité universelle , plaisant par lui-même , et ne prétendant qu'à plaire, et non à donner une connaissance, enfin dont la satisfaction exprime l'accord de la faculté d'exhibition (l'imagination), dans une intuition donnée, avec le pouvoir de fournir des concepts que possèdent l'entendement et la raison. C'est donc un jugement esthétique ; mais il y a entre le Beau et le sublime ces trois différences profondes :
Premièrement. Le Beau étant la forme de la finalité, concerne la forme de l'objet, laquelle consiste dans la limitation. Le sublime doit être cherché dans un objet sans forme, en tant qu'on se représente dans cet objet ou à son occasion, V illimitation , tout en concevant dans celle-ci la totalité, c'est à dire alors l'infini ; d'où il^uit que le Beau est une exhibition d'un concept indéterminé de l'entendement, le sublime d'un concept indéterminé de la raison. D'un côté , la représentation est liée à la représentation de la qualité ; de l'autre , à celle de la quantité.
Secondement. Le plaisir du Beau contient le sentiment d'une excitation directe des forces vitales. La satisfaction du sublime ne se produit point ainsi, directement et immédiatement du moins. Le premier effet du sublime est de suspendre au contraire les forces vitales ; mais l'effusion qui suit n'en étant que plus forte , produit une satisfaction plus vive , comme si on renaissait à la vie. On est d'abord repoussé, puis