TROISIÈME PARTIE
attiré par l'objet, et peut-être ces deux sentiments ne cessent-ils pas d'être simultanés ; aussi n'est-ce point un charme, un jeu : le sublime est sérieux.
Troisièmement. Enfin, la beauté naturelle renfermant une finalité de forme, l'objet par a it avoir été prédéterminé pour notre imagination. Quoique le sentiment reste subjectif, on peut dire en un sens que l'objet est Beau, puisqu'il y a convenance formelle entre l'objet naturel et nos facultés. Mais l'objet qui produit en nous le sublime ne peut pas être appelé sublime , parce que cette concordance de la forme de l'objet avec notre imagination peut n'exister pas, et que bien loin que notre sentiment du sublime en soit diminué , il sera peut-être en nous d'autant plus profond que l'objet fera par sa forme plus de violence à notre imagination. Le sublime a sa source dans les idées de la raison, et spécialement dans l'idée de l'infini. Il est donc en nous et ne peut pas être dans les choses de la nature. Ce n'est pas le désordre ou la dévastation qui sont sublimes, ce sont les idées que ce spectacle agite et éveille. Au lieu d'être moral uniquement par alliance , par analogies formelles , le sentiment du sublime qui fait apparaître la vision de Dieu , est moral par son origine , par sa nature , directement, immédiatement.
Après avoir envisagé le sublime comme le Beau aux quatre points de vue de la quantité , de la qualité , de la relation et de la modalité, et après avoir constaté que le jugement en est universel, désintéressé, subjectif, nécessaire, Kant divise le sublime en deux espèces.
Le Beau est un repos , le sublime un mouvement ; ce mouvement a lieu vers la faculté de connaître, l'entendement, ou vers la faculté de désirer, la raison, suivant qu'il est produit par la contemplation de la grandeur ou par celle de la puissance : de là un sublime mathématique et un sublime dynamique.
Le sublime mathématique est ce qui est absolument grand, c'est à dire ce en comparaison de quoi toute autre chose est petite. Mais dans la nature toutes les grandeurs sont relatives ; aucune n'est absolue. Il n'y a donc pas de sublime dans la. nature ; notre raison seule conçoit l'idée d'une grandeur absolue. Le sublime est donc ce dont la seule conception atteste dans l'âme la présence d'une faculté qui surpasse toute mesure des sens.
C'est donc à la fois une peine provenant de l'impuissance de notre imagination à embrasser la totalité de certaines grandeurs , du désaccord de notre imagination impuissante avec la faculté du suprasensible ou la raison ; et un plaisir qui nous vient de l'attestation en nous de la présence d'une faculté suprasensible ; dans notre âme, de l'idée de l'infini et de l'absolu qu'elle y fait pénétrer, et, par conséquent, d'une destination noble et supérieure de notre être.
Il faut donc bien remarquer que l'estimation logique ou numérique des grandeurs n'offre jamais rien de sublime, parce qu'elle est sans obstacle et sans efforts. Aucune faculté n'est poussée à ses limites et n'a reconnu la stérilité de ses efforts ; c'est l'estimation imaginative seule qui la crée : la distance du pôle à l'é-