TROISIÈME PARTIE
lité, dans leur essence intime, aucune analogie matérielle ; ils n'ont de ressemblance que dans la forme. On doit donc reconnaître une affinité du bien et du Beau, sans pour cela les confondre, et observer que cette même alliance existe entre ces deux sentiments et le sentiment religieux, l'amour désintéressé du vrai , de la science par elle-même , sans que rien néanmoins autorise la confusion de toutes ces idées ; en un mot , il ne peut y avoir que trois systèmes sur le Beau : ou il est l'agréable, c'est un réalisme empirique; ou il est le bien, c'est un réalisme rationaliste ; ou il est le principe indéterminé d'un plaisir à priori.
La finalité est ce principe, et elle est toute subjective ; mais on peut considérer encore cette finalité de deux manières : ou comme l'effet d'un dessein prémédité, d'un but déterminé, d'une harmonie préétablie que se propose de réaliser la nature, c'est un réalisme ; ou cette concordance entre la faculté de juger et les formes de la nature est purement accidentelle et s'établit sans but, elle n'est qu'en idée, c'est alors un idéalisme ; et c'est l'opinion que Kant adopte, parce que, comme nous l'avons déjà dit, sans cela ce ne serait pas nous qui jugerions de la beauté en nousmêmes et par nous-mêmes , ce serait la nature et la science de la nature qui nous apprendraient ce qui est Beau; tandis qu'au contraire l'observation et la critique du jugement de goût, prouvent qu'il ne s'agit pas là de savoir ce qu'est la nature, ou quelle fin elle se propose , mais uniquement quel effet elle produit sur nous.
L'idéalisme de la finalité subjective de la nature ainsi que de l'art est le principe unique du jugement esthétique, c'est à dire de la beauté véritable.
On a , dans ce grand et solide système qui contient tant de vérités fécondes et des principes dont tout le monde a profité, on a contesté quelques détails : par exemple, que le jugement esthétique fût dénué de tout attrait, de toute émotion, et par conséquent de toute finalité subjective. Nous avons en effet cherché à démontrer qu'il n'en était rien, à moins qu'on ne se méprît sur le sens des termes, auquel cas il n'y avait plus qu'une discussion de mots oiseuse et vide. On lui a reproché avec moins de justesse , d'avoir prétendu que le sentiment du Beau était indépendant de toute finalité objective, soit externe , soit interne. Nous avons aussi fait voir qu'en soi, en son essence, le Beau n'était pas ce qui est utile à quelque chose hors de lui-même , ni la perfection , soit claire , soit confuse , avec laquelle Mendelsohn identifiait la beauté ; car la perfection n'est que la conformité de la chose à ce qu'elle doit être en elle-même, et le Beau se confondrait ainsi avec le vrai. On a contesté avec plus de raison la définition de la beauté , considérée comme la concordance de l'imagination avec les conditions générales de l'entendement; on ajustement fait remarquer que la conscience ne constatait nullement que le plaisir du Beau fût cet état d'harmonie intellectuelle ; que la définition était arbitraire, et qu'en outre elle renfermait un élément de contradiction avec les principes du système. Kant, en effet, écarte de la beauté