‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 102 sur 235 · TROISIÈME PARTIE. il · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. il

quateur, évaluée en mètres, n'a absolument rien de sublime. On voit donc que le nom de mathématique convient mal à ce sublime ; car les sciences mathématiques ont pour objet le nombre, c'est à dire une grandeur éminemment relative, puisque le nombre étant un rapport, n'a rien d'absolu.

Le sublime dynamique est le sentiment qu'inspire le spectacle d'une force terrible sans pouvoir sur nous ; il a sa source dans la conscience de notre supériorité morale, qu'il atteste et qui le fait naître ; sur la nature, en nous et hors de nous, sur la sensation et sur la matière ; par conséquent il se rattache à la même origine que les idées morales, le devoir, dont la conscience est la condition du sublime. L'homme est sublime en face de la nature qui le dévore ou qui l'écrase ; car il sait qu'il est un être moral, c'est à dire noble et grand, et que la nature aveugle dont il est la proie ou la victime n'est rien au prix de lui.

Par conséquent le sublime suppose une plus grande culture , non seulement du jugement esthétique , mais encore de la faculté générale de connaître. Sans cette faculté supérieure, les puissances redoutables de la nature exerceraient sur nous un pouvoir réel; elles imprimeraient dans notre âme le sentiment lâche et vil de la terreur, avec lequel disparaîtrait le plaisir du sublime devenu effrayant.

Dans le Beau comme dans le sublime , mais dans le sublime plus que dans le Beau, la nature est l'occasion de tout ce que nous éprouvons, La nature suffit à tout expliquer, et le domaine des beaux-arts, parfaitement

inutile, est l'empire de la plus libre fantaisie. Les beautés naturelles sont bien supérieures aux créations de l'art, parce qu'elles sont morales, et plus rares, parce qu'elles sont plus élevées. '

Kant a joint à cette analyse profonde , sagace , fine , du sentiment esthétique , un chapitre que lui-même a déclaré une esquisse fort incomplète et fort peu étudiée sur le système des beaux-arts.

Dans les idées esthétiques, il y a à exprimer une pensée, une intuition, une sensation; c'est par les moyens dont se fait l'expression des idées esthétiques que se distinguent et se divisent les arts.

Il y a trois moyens d'expression :

1° La parole, qui comprend le mot, le geste, le ton, et qui communique simultanément et conjointement la pensée, l'intuition, la sensation. Les arts de la parole sont l'éloquence et la poésie ; elles sont l'une et l'autre définies d'une manière assez bizarre : l'éloquence, suivant Kant, est l'art de traiter une affaire de l'entendement comme un jeu de l'imagination ; et la poésie est précisément le contraire , c'est à dire l'art de traiter un jeu de l'imagination comme une affaire de l'entendement.

2° Les arts figuratifs ont pour procédé d'expression l'intuition sensible , et représentent la réalité visible : ce sont la peinture, la statuaire, l'architecture, et, ce qui paraît assez peu sérieux, l'art des jardins.

3° Il y a des arts qui n'ont d'autre moyen d'expres-

1 Kant, Analyt. du sublime, trad. Barni , tom. I, p. 241.

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