TROISIEME PARTIE. 41V
lions préliminaires sur le sujet. Après avoir affirmé que la beauté J « n'a rien de mystérieux , » et que ce celui qui V admire ne sait pas moins en quoi elle consiste que comment elle l'affecte , m assertion dont il sera le premier plus loin à reconnaître Terreur, il observe « que toute opération du goût implique le jugement, a m ce qui sans doute veut dire que l'acte du goût est intellectuel par son fond, par son essence; la perception du Beau n'est possible que sous la condition de la perception de l'objet beau par une autre faculté de l'esprit, et elle en diffère. Il faut clone admettre, avec Hutcheson, que le sens du Beau est réfléchi, et que ses opérations ne sont pas directes et premières , mais secondaires. Il ne nous dit pas s'il admet avec le philosophe irlandais un sens du Beau tout à fait distinct de nos autres sens, un sixième sens, sui generis. Après cette analyse peu profonde du sentiment esthétique , Reid étudie l'objet qui l'excite et la cause qui le peut produire, ce II répugne, dit-il, au sentiment universel, 3 que la beauté ne soit point une qualité réelle de l'objet, et qu'elle ne soit qu'une simple émotion dans la personne. 4 » Cette répugnance lui suffit pour conclure que la beauté n'est point simplement un certain état de l'âme, quelque chose de purement subjectif; elle a une réalité ; ce n'est pas la réalité d'une chose en soi, mais celle d'un attribut ou d'une qualité , et cette
1 Thom. Reid, OEuvres, tom. V, p. 253, trad. Jouffroy.
2 Thom. Reid, OEuvres . tom. V, p. 257, trad. Jouiïroy.
3 Thom. Reid, OEuvres, tom. V. p. 255.
4 Thom. Reid, OEuvres, tom. V, p. 258.
qualité de l'objet résulte de sa nature ou de sa conformation. * Ce n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait de beaux que les objets extérieurs; il constate, au contraire, qu'il y a une multitude de beautés qui ne peuvent se rattacher à aucun de nos organes corporels : en quoi l'auteur des Essais me paraît aller au delà de la vérité exacte. Ces préliminaires assez brefs , quoique diffus, et où l'ordre n'est pas la qualité qui brille le plus, se terminent par une appréciation juste et fine de la nouveauté qu'il distingue avec raison de la beauté. La nouveauté nous plaît, parce qu'elle alimente la curiosité, c'est à dire ce besoin d'activité intellectuelle, qui est un principe de notre constitution, un des ressorts les plus puissants de la pensée , et qui ne contribue pas peu à donner du prix et de la dignité à la vie. Après ces observations justes, mais décousues, et où le lien des idées entre elles et avec ce qui suit n'est pas assez aperçu, il aborde son véritable sujet et s'occupe d'abord de la grandeur. L'émotion que produit la contemplation de la grandeur est sérieuse, sévère, solennelle ; elle excite l'âme à l'admiration, la monte à l'enthousiasme et la dispose à imiter, à réaliser en soi ce qu'elle admire : c'est donc une émotion pratique, une phase de la vie morale. Le sublime est l'expression naturelle de cet enthousiasme. Le sublime peut donc ne pas appartenir à l'art , et on reconnaît ici l'influence des idées de Kant.
La grandeur, considérée en elle-même , n'est qu'un
1 Thom. Reid, OEuvres , tom. V, p. 258.