‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 122 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

qui vit en lui, c'est l'individualisation, qui tire l'être du chaos et est comme l'image de la création. L'individualisation des pensées diverses qui bouillonnent pêle-mêle dans notre esprit, est toute notre activité intellectuelle.

Cette individualisation des pensées dans l'art se produit par le langage : la lumière et les couleurs d'une part, le son de l'autre, sont les deux langages des choses inorganiques et des êtres organisés.

Après ces généralités qui annoncent déjà sa manière, l'auteur entre dans le détail et les développements nécessaires à la parfaite intelligence de ses idées.

L'art implique le Beau infini, identique avec le vrai, dont il est l'éternelle manifestation, et en même temps quelque chose qui le rende accessible à nos sens, qui le détermine au sein de la création contingente.

Le vrai, c'est l'être infini, la source d'où dérive l'inépuisable variété des êtres finis qui le manifestent ; par conséquent, le Beau créé ou la variété inépuisable des formes limitées qui manifestent le Beau dans l'espace et dans le temps, a sa source dans le Beau infini.

L'intelligence pure perçoit le vrai, l'idée dans sa pure essence, indépendamment des conditions qui la spécifient dans un être effectif : c'est le général qui donne la forme à toute science. Mais dans l'ordre des développements de l'homme, avant de percevoir l'idée pure , il la perçoit sous les conditions de son existence créée , unie et incarnée au phénomène , et manifestée par lui. L'art précède donc la science et n'en est que la radieuse promesse et l'éclatante aurore ; mais il faut

conclure que l'art s'effacera devant la science réalisée, comme les blancheurs de l'aube pâlissent devant les splendeurs enflammées du jour; il faut remarquer que le Beau, impliquant la vision de l'idée, exige plus que l'instinct, plus qu'une inspiration aveugle : il réclame l'intelligence et la raison.

Rien n'est manifesté que par la forme, qui détermine et spécifie les choses. Le Beau étant la manifestation du vrai ou de l'être, n'est que l'être même en tant que doué de forme. La forme est donc l'objet propre de l'art, et non pas seulement la forme nécessaire, immatérielle, éternelle, de l'idée pure, mais cette même forme réalisée sous les conditions de l'étendue dans le monde contingent des phénomènes.

L'art implique donc deux éléments inséparables : l'un, spirituel, idéal, dont le type est l'infini; l'autre, matériel, dont le type est le fini; l'un correspondant à l'unité absolue, l'autre aux manifestations limitées et diverses. Le rapport de ces deux éléments, l'unité et la variété, constitue l'harmonie essentielle à l'art.

Quant à ses relations avec les sens , le tact en offre une origine obscure; le goût et l'odorat nous concentrent au dedans de nous, et, ne nous fournissant pas la perception de la forme, y sont étrangers. La vue et l'ouïe, au contraire, qui nous reportent au dehors de nous , sont les sens propres de l'intelligence et les organes de la beauté dans son unité et dans son essence.

L'art impliquant le fini comme l'infini, Dieu n'est point l'objet de l'art; mais toute forme finie qui se rapproche du type immatériel de cette même forme et

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