‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 123 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

révèle quelque chose de lui, est l'objet propre de l'art.

Le Beau infini est le verbe ou le resplendissement de la forme infinie , qui contient toutes les formes individuelles finies. Plus une forme finie se rapproche de cette forme infinie, plus elle a de beauté.

En rapport avec le vrai, le Beau a encore une étroite relation avec le bien , parce que le Beau et le bien se résolvent dans le vrai, qui est leur commun principe. Nul art ne dérive de soi. Le Beau implique aussi l'utile, et leurs lois, quoique diverses, se lient. Les formes les plus belles dans tout être, sont aussi les mieux appropriées aux fonctions. La perfection n'est pas la beauté, mais elle coïncide avec elle. d II en résulte que l'art ne dépend pas des fantaisies d'une pensée sans règle : il a, comme les êtres eux-mêmes, des conditions essentielles, nécessaires, d'existence et de développement; il obéit à des lois résultant de l'union des lois de l'ordre physique à des lois de l'ordre intellectuel. Sous ce rapport, il correspond à l'imagination, et est pour l'homme ce qu'est en Dieu la puissance créatrice ; mais néanmoins, malgré la nécessité des lois auxquelles il doit obéir, il y a dans l'art place pour l'originalité de l'artiste, parce que les œuvres de l'art dépendent non seulement de la nature des choses , mais de la manière dont on les sent ou on les conçoit. C'est de cette cause que proviennent l'originalité des individus et la diversité des époques.

1 Toutefois, il me semble que si cette coïncidence est réelle et parfaite, la distinction est difficile et presque illusoire ; elle n'a de réalité que dans l'intelligence. C'est une même chose envisagée de deux points de vue par notre esprit.

L'art est donc comme le point de concours de tous les besoins de l'homme ; le perfectionnement de notre être complet en est le but. L'art est radicalement lié à ce qu'il y a de plus sérieux dans la vie humaine. 11 y a dans la forme un double caractère : il y a la beauté matérielle ou individuelle de la forme, et la beauté idéale de cette même forme : de l'union de ces deux beautés résulte dans l'art la beauté suprême.

Le laid ' est une forme qui répugne à notre manière de sentir par une secrète disconvenance , ou par une disproportion marquée dans une forme naturelle. Quand la laideur laisse encore percer le rayon du beau idéal , elle a une place dans l'art souvent plus grande que la beauté de la forme matérielle.

On peut remarquer dans ce système discutable, mais avec lequel il faut compter, qu'en un petit nombre de pages toutes les questions que soulève le Beau ont été abordées et résolues. La magnificence du style et les formes admirables de l'expression pleine de simplicité à la fois et de grandeur, mais trop poétiques, trop oratoires, nuisent peut-être à la conception très nette des idées ; mais malgré un certain vague plus apparent que réel, le système n'en offre pas moins une très forte unité et atteste une philosophie profonde ; nous le croyons digne d'être médité avec attention, et nous promettons à tous ceux qui l'auront lu un charme qui ne sera pas sans fruit.

1 I] est bien difficile à un système qui confond le Beau avec le vrai , d'expliquer la laideur. Pourquoi notre manière de sentir n'est-elle pas conforme à la vérité des choses? L'essence vraie du crapaud ne doit pas répugner à notre manière de juger. Considérée au point de vue de la vérité,, on peut dire, avec Diderot, qu'il n'y a dans la nature ni beau ni laid.

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