‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 124 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

M. de Lamennais a fait suivre son système philosophique d'une appréciation des arts particuliers faite au point de vue de ses principes. Le style ici reprend la légitimité de sa puissance , et reproduit avec autant de force que d'éclat les impressions intelligentes et l'admiration passionnée et à la fois réfléchie du véritable critique.

Dieu est le suprême artiste , car il excelle à manifester ses idées sous une forme sensible. « La création ne saurait se concevoir que sous la notion même de l'art , )) comme l'art réciproquement « ne saurait être conçu que sous l'idée de la création. - » La création, dont les lois sont dès lors les lois mêmes de l'art, serait la beauté parfaite , si toutes les idées préexistantes en Dieu pouvaient être réalisées ; mais cela est impossible, car l'infini est contradictoire à l'essence de la création, et tout ce qu'elle peut faire, c'est, par une évolution sans terme et sans espoir, de graviter vers lui , et d'aspirer de s'unir à lui sans jamais y atteindre.

Présent dans toutes les parties de la création , son ouvrage et manifestation de ses idées , on peut dire que Dieu l'habite, et que l'univers est un temple construit par lui-même , pour lui-même , et où resplendit la beauté absolue. Le type de l'art des hommes, qui suit les lois de l'art divin, sera donc aussi le temple. Dans tous les arts, il s'agit toujours de construire le temple de Dieu.

L'architecture est donc le premier des arts, et tous les arts sortent de l'architecture ; particulièrement le

1 Esqws. d'une philos., tom. III, p. 473.

temple chrétien est le symbole de la divine architectonique. L'église gothique représente et exprime l'aspiration naturelle, éternelle, de la créature vers Dieu. * De même que le règne végétal décore et embellit la création , le temple a aussi sa végétation ; la sculpture naît et fait végéter et vivre la pierre. Il a sa lumière à la fois idéale et réelle , vague splendeur d'un astre mystérieux ; la peinture y répand ses couleurs magiques ; le mouvement de la vie vraie y est introduit par les danses sacrées et les évolutions symboliques des chœurs. Il faut enfin que le temple ait aussi sa voix, expression la plus intime de l'esprit : de là la musique, la poésie , l'éloquence , qui sont les voix du temple humain. L'art musical manifeste les conditions organiques internes de la vision du vrai et du Beau ; bien plus que le Beau et le vrai dans leur immatérielle essence , il émeut plus qu'il n'éclaire ; il ne reproduit pas la vision même de la réalité spirituelle , mais il nous y dispose et nous y prépare. Par là, il forme la liaison entre les arts directement relatifs aux sens et les arts de l'esprit : les premiers s'efforcent d'atteindre à la pensée par une sensation; ceux-ci, de joindre à la pensée une sensation correspondante ; les uns spiritualisent le réel , les autres incarnent le vrai.

La poésie, qui n'implique pas nécessairement un mètre , un rhythme symétrique , détermine par la parole ce qu'il y a d'indéterminé dans la musique et

1 Ce sont là, je crois, des conséquences outrées, excessives, fausses, et qui ne sont guère fondées que sur des expressions prises tour à tour au sens propre et au sens figuré.

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