TROISIÈME PARTIE
manifeste l'idée pure. L'éloquence est un degré plus élevé encore de spiritualité dans l'art; la pensée y est représentée sous la forme de la science , manifestation parfaite dont le Beau n'est qu'un resplendissement confus, quoiqu éblouissant ; J c'est la dernière évolution de l'art. L'art oratoire, par l'émotion qui détermine les volontés , tient à la vie réelle ; comme procédé , il se rattache à la danse par l'action et le geste; à la musique , par l'harmonie , l'accent et le rhythme ; à la poésie , par les images et les mouvements passionnés de l'expression. 2
L'architecture correspond au monde inorganique; dans ses rapports avec le Beau, elle dépend des lois géométriques de la forme , et la première condition en est la symétrie ; elle doit de plus exprimer une pensée ; mais comme la musique , elle ne manifeste pas l'idée même, pure et précise; elle détermine dans l'être qui la contemple un état correspondant à un certain ordre d'idée. Chaque peuple, chaque société, chaque religion dépose dans son temple sa pensée prédominante.
Le temple de l'Egypte est un tombeau, parce que la pensée constante de ce peuple est la mort ; sa statue
1 Voilà les conséquences du principe : l'éloquence, que beaucoup de philosophes ont chassée du domaine de l'art, supérieure à la poésie ellemême ; la science , degré le plus élevé du Beau , et qui , comparée à lui , l'éclipsé et le détruit.
2 « Il doit persuader, émouvoir, entraîner ; c'est sa partie poétique , et la poésie est un des éléments de l'éloquence ; sans cela , l'éloquence n'appartiendrait pas à l'art. » Nous nous permettons de contester ces trois propositions , et de prétendre que persuader n'est pas le caractère propre de la poésie ; que la poésie n'est pas un des éléments de l'éloquence ; enfin que l'éloquence , rigoureusement parlant , pourrait bien ne pas appartenir à l'art.
immobile et raide est une momie. Chez les Grecs, Dieu est le type idéal de l'homme ; l'homme divinisé fut le modèle du Beau. Le temple, habitation de ce Dieu homme , fut ramené à des proportions en rapport avec Thomme : de là les proportions architecturales des temples grecs. La voûte , condition de la solidité et de la durée éternelle, la voûte est romaine ; l'architecture arabe est le songe de la nature ; l'architecture chrétienne a été déjà caractérisée.
La sculpture , reproduction extérieure de la forme idéale, correspond au monde organique, et l'exprime dans la variété des deux règnes végétal et minéral. Pour le panthéisme indien, la création n'est qu'un rêve ; le Beau n'a pas de forme , et la sculpture est uniquement symbolique comme en Egypte. L'art grec a deux origines : l'une égyptienne, l'autre dorienne, qui finit par absorber presque entièrement la première. Une perception exquise de la beauté de la forme et un profond sentiment de la vie éclatent dans ces créations merveilleuses où, sous une apparence ravissante de grandeur, de grâce, d'harmonie, se révèle la majesté du dieu ; une idée sublime et une force de vie intarissable coulent à flots dans le marbre et le bronze. La sculpture chrétienne, plus pauvre assurément, a eu du moins le mérite de créer un type nouveau : la Vierge.
La musique succède à la sculpture , et est étudiée avec plus de soin et pour ainsi dire avec plus d'amour.
L'être absolu étant essentiellement un, la forme qui le détermine est également une ; elle ne saurait être