‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 126 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

une que le moyen de sa manifestation ne soit aussi un; car le moyen par lequel la forme se manifeste n'est que l'irradiation naturelle de la forme même : or, le son comme la lumière manifeste la forme ; le premier, la forme intrinsèque , qui constitue les choses ce qu'elles sont; la seconde, la limite, sans laquelle elles ne sauraient être réalisées dans l'espace. Donc la lumière et le son doivent être le même principe primordial, subsistant sous des conditions diverses et diversement perçu , et leur radicale identité doit apparaître dans l'identité de leurs lois fondamentales.

La statuaire, le dessin, n'ont qu'un instant, ne saisissent qu'une expression fixe. Par la danse, l'art passe dans le domaine de la vie et la suit dans les développements que le temps accomplit ; la musique et la poésie achèvent ce mouvement. La musique part de la sensation pour s'élever à l'idée, et le langage articulé, parti de la sensation, n'a qu'un rapport indirect avec la sensation.

L'essence du rhythme, qui est la forme du mouvement, renferme : 1 ° une périodicité réelle ; 2° la décomposition du mouvement total, dans ses rapports avec l'unité fixe de la force qui l'engendre, en une série de mouvements partiels accomplis dans une durée égale , et décomposables eux-mêmes en parties aliquotes de cette durée et de la force génératrice ; 3° dans chacune de ces parties un temps fort et un temps faible. Le rhythme peut avoir deux origines diverses, selon qu'il procède par une progression numérique de termes pairs ou impairs : d'où le rhythme binaire et le rhythme

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ternaire qui renferment tous l»js autres possibte. La

mesure est le rapport du rhythme au temps; c'est la lenteur ou la vitesse du même rhythme : c'est elle qui manifeste la périodicité. L'harmonie est la voix confuse et vague de la création : l'emploi simultané des sons

l'atteste et l'exprime. La mélodie est l'idée claire qui lie ces rapports et n'emploie que des sens successifs

et simples. Tout est musique dans la création ; les dissonnances ne nous choquent que parce que leur relation au tout nous échappe.

Je n'extrairai du chapitre de la poésie que la partie très remarquable relative à la comédie.

Qu'est-ce que le rire ? Aucun animal ne rit : c'est donc un attribut de l'intelligence. Il parait être l'instinctive manifestation du sentiment de l'individualité; il implique toujours un mouvement vers soi et qui se termine à soi.

Le ridicule n'est que le désordre réduit aux proportions de la sottise ; il enfante le mépris, lié luimême, en ce cas, à la conscience d'une infirmité dont on est soi-même exempt ; il est accompagné d'une secrète satisfaction d'amour-propre, de je ne sais quel plaisir malin. Le rire est surtout l'expression du contentement qu'inspire cette supériorité. On rit de soi, il est vrai ; mais le moi se dédouble , il se sépare de ce dont il rit. s'en distingue et le domine. Jamais le rire n'exprime la sympathie ou la bienveillance ; il fait grimacer la figure et efface la beauté. Oui peut se figurer le Christ riant? La comédie corrige moins les mœurs que les ridicules, et sa tendance est opposée

au perfectionnement moral de l'homme dont elle flatte l'orgueil. i

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