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TROISIÈME PARTIE

déjà dit Fichte, sous la forme d'un doute, est le fondement de tout le mécanisme de l'esprit humain. *

Dans ces conditions, il est évident qu'on ne peut saisir la valeur et entrer dans la vraie intelligence des théories esthétiques de M. de Schelling, que lorsqu'on connaît le système complet des idées auxquelles elles sont appelées à donner un couronnement, et, pour mieux dire encore, qu'elles organisent et fondent.

Deux forces, deux activités contradictoires se partagent le monde - et animent tout ce qui est et tout ce qui vit. Identifiées, ou même, ce qui est plus exact, identiques au sein cle Dieu, 3 où leur unité constitue l'absolu, l'activité qui a conscience et l'activité incon-

1 Fichte. « Le non moi est un produit du moi , se déterminant lui-même ; le moi se pose alors en même temps comme fini et comme infini. La faculté par laquelle il veut réunir ce qui semble s'exclure, donner tour à tour à l'infini la forme du fini, et le poser ensuite au delà, est l'imagination productive : faculté merveilleuse qui pourrait bien être le fondement de tout le mécanisme de l'esprit humain ; elle balance incessamment entre la détermination et la non détermination, entre le fini et l'infini, et ramène à FuBité les opposés. » Willm., Histoire de la Phil. Allemande, tom. II, p. 300.

2 La forme du système de M. de Schelling se présente, dit M. Willm dans son ouvrage souvent cité, sous l'emblème d'un aimant : l'absolu est le point central d'équilibre et d'indifférence absolue; mais l'absolu se partage en deux directions qui en sont les pôles et qui forment , d'une part le monde réel, de l'autre le monde idéal.

3 Cet être supérieur n'est ni objet ni sujet, ni même sujet-objet, mais identité absolue, sans aucune duplicité, et par conséquent sans conscience. « Cet être, éternellement sans conscience, est la racine invisible dont toutes les intelligences ne sont que les puissances, la raison de la légalité nécessaire dans la liberté , et de la liberté dans la légalité. » L'histoire étant une révélation de l'absolu, révélation successive, Dieu n'existe jamais, si l'on entend par existence ce qui s'exprime dans le monde objectif; mais il se manifeste continuellement, et sa révélation est infinie. L'absolu se manifeste d'abord comme destin, puis comme nature, enfin comme Providence». « Quand commencera le règne de cette Providence, alors Dieu sera. » Cf. Willm.

sciente, la pensée et l'être, en sont sorties : on ne sait pas comment ni pourquoi; sans doute par un besoin de se déployer, par une force d'expansion volontaire ou involontaire ; Schelling ne s'explique pas. En quittant le repos inerte où elles étaient endormies dans le sein de l'absolu, elles se sont divisées en deux directions contraires, pour former, l'une le monde de l'intelligence, l'autre le monde de la réalité, celle-ci l'univers, celle-là la raison. Mais de leur identité primitive, et malgré leur contradiction présente, elles ont conservé des ressemblances , des analogies dans leur mode d'action et jusque dans leur essence ; elles font effort pour s'identifier encore. Dans les êtres inorganisés et organisés on voit, actives et présentes, des lois qui sont presque une intelligence, ou en sont au moins l'image. Les formes des choses sont les formes de notre esprit. À mesure qu'on s'élève dans l'échelle des êtres, la ressemblance entre le monde de la matière et de l'esprit est plus complète. De la sorte, le fini est le pâle reflet de l'infini ; la nature , la manifestation apparente du divin ; le réel , la copie de l'idéal : car comment pourrait-il y avoir une expression sensible de l'esprit, s'il n'y avait pas dans la matière un principe actif qui a de l'affinité avec lui et qui lui ressemble?

La nature , en effet , force primitive et sainte , est la force productrice même , organisée et vivante , et non pas la masse des productions; c'est un tout organique qui se produit lui-même, et est à la fois sa cause et son effet; c'est une intelligence comme nous ; et voilà comment, portant en nous le principe de notre sympathie

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