‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 130 sur 235 · TROISIEME PARTIE. 4bÔ · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. 4bÔ

une force active et intelligente, à ce qui lui manque et que lui donne l'esprit humain qu'elle traverse , la conscience de sa force et du but de ses forces productrices.

En imaginant que la nature, force spontanément créatrice, veut représenter l'absolu et sait qu'elle le représente, le moi prend conscience de l'identité du monde réel et du monde idéal.

Or, cette nature ne se trouve que dans l'intelligence humaine, mais enfin elle s'y trouve. Il y a en elle une intuition par laquelle, dans un seul et même acte, le moi est tout à la fois agissant avec conscience et agissant sans conscience ; et comme la philosophie transcendantale n'a pas d'autre objet que d'expliquer l'harmonie de l'objectif et du subjectif, de la raison et de l'univers, cette intuition seule résout le problème de la philosophie transcendant aie. Cette intuition n'est autre que celle de l'art, transfigurant et concentrant la nature pour la mieux offrir aux regards. L'art est donc le dernier mot de la philosophie , la floraison du savoir, le couronnement de la science, et, au lieu de dire, comme Schlegel : la nature est dans l'art la règle pour l'homme, il faut dire : l'homme est dans l'art la règle de la nature.

Dans le produit de l'art se manifeste, comme imagination créatrice, ce mystère caché dans l'absolu, qui est la source de toute réalité. Ce produit a trois caractères . d'abord il réfléchit l'identité des deux activités , et son principal caractère est d'être l'infini sans conscience ; en second lieu, procédant du sentiment d'une infinie contradiction, il doit faire naitre celui d'une satisfaction infinie et même le réfléchir en lui-même ; enfin, comme

il exprime l'infini d'une manière finie , et que l'infini exprimé dans le fini est la beauté, la beauté est le troisième caractère du produit de l'art. Bien qu'il soit l'identité absolue du réel et de l'idéal, l'art se distingue pourtant de la philosophie , et est à celle-ci comme le réel est à l'idéal, comme le type à son antitype, c'est à dire à son pendant. Que cette intuition de l'art reproduise et représente la parfaite identité des deux activités , nécessaire et libre , qui se développent dans le monde moral et dans la nature, c'est ce que Schelling démontre comme il suit : le penchant artistique, le génie qui veut enfanter le Beau, provient du sentiment de la contradiction intérieure, de la scission infinie qui sépare ces deux activités ; c'est la faculté de sentir vivement que la matière n'est pas l'esprit, et qu'il y a une distance infinie entre ces deux principes ; de cette lutte intérieure naît l'effort de les concilier; delà cette souffrance et cette douleur au sein de laquelle le génie enfante le fils de sa pensée par un acte involontaire ; delà cepati Deum qu'ont connu tous les poètes, tous les hommes qui ont souffert ce glorieux tourment. Mais quand l'esprit est parvenu à plier sous les lois de l'idée la matière longtemps rebelle , quand il a réussi à concilier les principes contradictoires dans une oeuvre objective, il a conscience de ce qu'il a fait; il se repose dans une joie et goûte une sérénité réfléchies. Quel que soit le démon qui l'agite ou le Dieu qui le mène, il sait toujours où on le mène et où il veut aller. Le génie sans la conscience, c'est à dire sans la raison, est la folie. Il est vrai aussi de dire que l'on ne com-

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