‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 137 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

prendre l'infini. D'un autre côté , l'esprit de l'homme ne peut comprendre que ce dont la substance est virtuellement en lui; il faut que ce qui s'adresse à lui, y trouve de l'écho , quelque chose d'analogue , de semblable, d'identique. Ce qui n'est pas en lui en puissance , 1 on ne saurait comprendre , et par conséquent on ne saurait admettre qu'il puisse lui être transmis du dehors : donc l'infini étant compris de l'homme, c'est qu'il est virtuellement infini ; par conséquent il y a un savoir absolu.

La méthode de cette science vraiment nouvelle est la construction , qui consiste à tout montrer dans l'absolu, et à en faire tout sortir; monter et de démonter tout le mécanisme de l'absolu, voilà la seule et véritable démonstration ; nous ne savons véritablement que ce que nous avons produit nous mêmes; par conséquent le savoir véritable est à priori. L'organe de ce savoir merveilleux est l'intuition intellectuelle , qui n'est autre chose que l'imitation , la reproduction libre et réfléchie des actes primitifs de l'esprit, et par laquelle l'esprit devient le spectateur curieux du travail logique dont il est le théâtre et l'artisan. Cette intuition intellectuelle est une véritable révélation, une illumination de la raison spéculative qui refait la création, dont la raison individuelle est l'inaltérable et authentique document. Plotin avait été à la fois plus sincère et plus clair ; il nous avait donné la clé qui ouvre

1 De plus , il ne saurait y avoir de contradiction réelle entre la virtualité et l'actualité qui la réalise ; d'où encore cette conclusion : la raison humaine est Dieu.

ces temples mystérieux de l'absolu, de l'identité, de l'idée, de l'un; cette clé, il l'appelait par son nom, l'extase, c'est à dire la cessation de tout acte intellectuel vraiment humain , la vision béatifique de la vérité, l'entretien personnel et direct de l'âme avec Dieu, la contemplation glorieuse et sans voile de son auguste essence. Je crains bien que le procédé de tous ces panthéistes ne soit le même ou fort approchant ; seulement ils l'appellent l'intuition intellectuelle, et n'ont pas le courage de l'appeler par son nom , et ils ont raison à quelques égards : si c'est Dieu qui parle, la science humaine doit se taire. Ce n'est point à dire que la vision béatifique de la divinité soit une opération absolument impossible ; c'est une question qui reste entière et à laquelle nous n'avons ni envie ni besoin de toucher; mais il est avéré que même les vérités acquises par cette voie de connaissance ne sont plus du ressort de la philosophie. La philosophie se borne à la recherche des vérités que la raison humaine peut connaître par ses forces propres , et son objet est de les rendre tellement claires et tellement évidentes que nul être doué de raison ne puisse y refuser son consentement. Les vérités ou propositions acquises par le procédé extatique, n'appartiennent point au domaine delà science, qui est la démonstration même. L'exposition de ces sortes de vérités, quand ce sont des vérités , ne constitue pas une science philosophique ; c'est une religion qui est établie par ces affirmations obtenues par une révélation d'en haut, ou plutôt ici c'est une religion qu'on détruit , et c'est la religion

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