TROISIEME PARTIE. 18S
h rs les «mes de la science comme du bon sens. c'est bâtir soi le vide. C'est : que fait Hegel en prenant
pour point de départ une idée abstraite, qui. après des évolutions sans résultat comme sans cause, retourne à l'abstraction qui l'a produite, créant en chemin une humanité , mais ne créant qu'une apparence d'individualites humaines. C'est ce que fait également M. Sehelling, par une identification absolue de l'esprit et de la matière . qui . non seulement ne laisse plus place à l'individualité humaine et à la personnalité divine, mais comble l'abîme infranchissable qui sépare à jamais la pensée de la matière, l'âme du corps. Dieu du monde. L'esthétique philosophique, fondée sur une pareille métaphysique, n : pouvait manquer de participer à ses erreurs. Hegel va jusqu'à détruire l'art ou, du moins, lui ferme l'avenir que M. de Sehelling lui avait réservé. En effet . cette évolution multiple dont l'art n'est qu'un moment, et dont la conscience réfléchie constitue la ; sophie même, n'a qu'un but successivement et ressiyement atteint : c'est de faire comprendre a l'esprit qu'il est l'absolu. Or. l'art est bien un effort pour chercher à réaliser l'idée qui ne se realise que dans l'esprit absolu: mais comme il la réalise sous une forme sensible, il y a lutte entre l'élément matériel. sensible et l'idéal. C'est par la destruction de la forme crue l'art romantique fournit le passage de l'art à la religion, où un degré nouveau et supérieur de la réalisation de l'idée va se montrer dans la pensée dépouillée de formes : la religion se présente alors comme la perfection et en même temps la négation de l'art. La
religion est un art épuré , l'art une religion grossière : il doit disparaître, et même il a déjà disparu.
Toutefois, si Ton fait abstraction de la partie systématique de ces idées et du rôle étrange que ces deux philosophes ont voulu donner à l'art , on admirera le nombre de vérités nouvelles, fécondes, qu'ils ont fournies à la philosophie du Beau, et de quelles brillantes lumières ils ont éclairé les sentiers mystérieux de l'art. On peut dire que M. de Schelling et Hegel, avec Kant, ont fondé l'esthétique , qui , depuis eux , n'a pas fait un pas. Que de perspectives étendues ils ont ouvertes ! que de vérités de détail et d'une justesse saisissante ils ont répandues sur ce sujet difficile! avec quel goût , quelle intelligence , quelle éloquence ils ont examiné tous les arts, nous ont appris à en connaître la nature, le but, les procédés particuliers, à en comprendre et à en admirer les chefs-d'œuvre !
Lorsque M. de Schelling nous explique comment il faut entendre le précepte si souvent répété : imiter la nature, qu'importe, àl'esthétique du moins, un principe philosophique suspect et même dangereux 1 Je ne crois pas que la nature soit l'existence positive du principe divin, mais je n'ai pas besoin de le croire pour comprendre qu'imiter la nature ce n'est qu'imiter sa puissance de création, par laquelle elle produit des œuvres organisées, vivantes, individuelles, personnelles. Je n'ai pas besoin de croire, avec Hegel, que l'art est une des formes de la vérité absolue; mais il m'entraîne, quand il me fait pénétrer le secret de tous les arts et goûter la beauté sous toutes ses formes : musique,