QUATRIÈME PARTIE
; les peuples libres, leur racontent leur histoire, leur nomment leurs héros, les entretiennent de la gloire de la patrie : ailleurs ils remplissent les palais des princes et leur rappellent, comme un utile enseignement, les vertus de leurs ancêtres : ou bien enfin Os décorenl tes temples, représentent les dogmes des religions et figurent les leçons de la morale.
La musique déjà s'appartient plus a elle-même: bien qu'elle ait une action profondément éthique, elle échappe au joug d'une destination même indéterminée dans la plupart de ses créations. A l'exception de la musique religieuse, toutes les autres formes de la musique ont pour but unique de plaire : l'opéra, la symphonie, le quatuor de Beethoven, la musique de piano, si féconde et si savante, ont un but renferme en eux-mêmes, sont entendus pour le plaisir seul qu'on a de les entendre.
Quant a la poésie, ce caractère est a la fois plus éclatant et plus complet; elle ne sert a rien, absolument à rien, Dieu merci! aussi est-elle le premier de tous les arts : ce rang ne lui a jamais ete conteste,
Telle est donc la classification et la hiérarchie que nous croyons qu'en peut établir entre les formes particulières de l'art, sans prétendre qu'elle est incontestable et sans vouloir insister ici plus longtemps sur une question où la discussion ne peut guère aboutir, et où les prétentions diverses sont trop contraires pour être - co niables.
Revenons aux moyens d'expression que les différents art-, emploient et par lesquels ils se distinguent.
Les formes paraissent dans les corps sous les trois dimensions de l'étendue solide, c'est à dire la longueur, la hauteur et la largeur; le bois, toutes les pierres , les métaux, l'ivoire, la matière inorganique, en un mot, est susceptible de les recevoir. Quand ces corps et ces formes, transfigurés par l'homme, représentent l'idéal, ils donnent naissance à deux arts : l'architecture et la sculpture. Toutefois, un procédé particulier divise la sculpture en deux arts différents , quoique voisins : au lieu de représenter les corps dans leurs trois dimensions complètes, ce qui constitue la ronde bosse, le bas-relief ne leur donne pas toute leur solidité ; il ne reproduit que la moitié et quelquefois moins de leur cube réel, et tient à la fois du plan et du solide. Les productions de ces arts sont susceptibles de recevoir la couleur.
Les arts ne peuvent exprimer l'idéal qu'en imitant le réel. La sculpture a pour but et pour objet de reproduire les corps animés, vivants, et d'y ajouter la beauté. Que reste- t-il à l'architecture? quel est son but et son objet? que peut-elle avoir à imiter? uniquement le monde inorganique , qui se présente sous deux aspects : le monde inorganique naturel, et le monde inorganique créé par les besoins et l'industrie des hommes. Où la vie manque, où manque par conséquent la véritable unité, la proportion qui s'en rapproche sera la beauté. La proportion, le nombre, dans les corps étendus et solides, est du domaine de la géométrie. La science fournit des règles, et la nature offre des exemples et presque des modèles ; les érup-