QUATRIÈME PARTIE
lions volcaniques, les soulèvements qui en déchirant les flancs des montagnes ont ouvert à l'œil curieux et aux pas hardis de l'homme les secrets des abîmes souterrains , les cristaux avec leurs belles formes géométriques et leurs arêtes si admirablement fines et nettes, le tronc des arbres naturellement lisse ou cannelé, ont fourni à l'architecture le tombeau, la pyramide, la colonne, la voûte, dont les combinaisons variées produiront le temple, l'arc de triomphe, l'aqueduc, les cirques, les théâtres, les palais. Les décorations que sont susceptibles de recevoir ces matériaux sont ellesmêmes indiquées par la réalité. Le ver sculpte le bois ; l'eau, l'air et le soleil travaillent la pierre et lui donnent des apparences élégantes dont l'art saura profiter en les achevant.
L'idéal a peu de place dans l'architecture, parce qu'elle a toujours un but : ou c'est un but d'utilité pratique et positive , comme la maison ; ou elle a un sens symbolique, et ses formes sont significatives; sous ce rapport , elle mérite bien le nom qu'on lui donne quelquefois d'art monumental; ce sont, en effet, des monuments , des documents qu'elle élève ; seul le temple grec est vraiment beau.
Le bas-relief est comme une transition à l'art qui imite seulement la surface ou le plan des choses , la peinture , qui comprend le dessin et la gravure ; son domaine s'étend à tout ce qui se voit ; il n'est rien, pour ainsi dire, qu'elle ne puisse reproduire : la nature tout entière , le monde inorganique et le monde vivant , les actes de la vie morale posent sous ses yeux et s'offrent
à ses représentations. Mais non seulement elle ne reproduit pas les choses sous leurs dimensions vraies, elle se sert encore de matériaux qui n'ont aucune analogie avec les choses représentées ; des minéraux broyés , étendus d'eau, de cire ou d'huile, un peu de craie ou de charbon , écrasés sur un mur, sur une table ou sur un morceau de papier, suffisent à ses représentations ; la couleur, car le trait le plus simple n'est cependant qu'une couleur, c'est une ombre et une lumière ; l'ombre et la lumière, ainsi grossièrement imitées, n'offrent donc qu'une vaine image qui ne trompe personne, un mensonge qui se trahit lui-même ; la réalité sensible n'y est que comme apparence du sensible, et non en tant que cause réelle d'une sensation propre : ce sont toutefois des formes matérielles , sensibles , visibles et presque palpables.
Je ne considère pas la danse comme un art véritable, malgré l'estime qu'en ont faite les anciens. Est-il vrai que ce soit une sculpture vivante? Essayez donc de remplacer la Vénus de Milo par les poses et les mouvements d'une femme nue ; la réalité, le côté physique, la sensation, jouent un rôle trop grand ; les sens , trop vivement excités et bien vite émoussés par la volupté , éteignent toutes les ardeurs chastes de l'imagination. L'homme vivant a pour exprimer tant de moyens supérieurs aux mouvements du corps, qu'on ne peut croire qu'il danse pour exprimer; on suppose à ses gestes une autre intention , qui est sans dignité , sans prix , sans valeur esthétique.
Nous arrivons aux arts qui s'adressent à l'oreille et