QUATRIÈME PARTIE
s'expriment par des sons ; nous entrons ici dans le domaine de la vie. Le son est la vie , car c'est un mouvement ; il peut appartenir aux phénomènes du monde inorganique, comme le bruit du vent dans les arbres, dans les roseaux , dans un tuyau creusé par la nature ; ou bien aux animaux qui vagissent, hurlent, bêlent, beuglent, croassent, miaulent; ou enfin à l'homme qui seul a une voix, la voix articulée. La voix articulée produit deux espèces de son : le son parlé et le son musical, dont la différence est plus facile à sentir qu'à définir : de là, d'un côté la musique, et de l'autre tous les arts de la parole qu'on peut ramener ou réduire à la poésie.
Tout ce qui vibre et remue, vit ou est remué par un être vivant ; la vie donc éclate dans le son, et la pensée, qui est la vie de l'âme , éclate dans la parole.
L'appareil vocal est un organisme que mettent en mouvement les nerfs ; les nerfs sont les agents de la sensibilité. Toute modification de notre sensibilité, toute impression vive, agissant sur les nerfs, agit sur l'organe vocal et nous fait pousser un cri, émettre un son : le son est donc le retentissement le plus intime de notre être , et le sentiment est le domaine de la musique.
Mais le son est invisible ; il est presqu'immatériel et pour ainsi dire sans durée ; chaque son s'écoule et se perd sans laisser de lui aucune trace. Il faut donc que Tâme se souvienne, recueille la mémoire de ces sons envolés, lie les impressions qui s'y sont attachées, pour produire un effet de totalité : c'est par là qu'elle est un art de l'esprit.
Quant à la poésie, le merveilleux instrument du langage et de l'écriture lui permet de mettre la pensée, l'idéal, sous les yeux de l'imagination, de la raison, et en même temps de le faire entrer comme un sentiment au plus profond du cœur humain.
Voilà la division des arts au moyen desquels l'homme, encouragé et comme instruit par la nature, l'imite et l'embellit. Tout le monde accepte ces distinctions, que les faits attestent et maintiennent avec une constance qui justifie nos principes. Quant à la valeur et à la direction spéciale de chacun d'eux, on est peu d'accord. Je ne pense pas qu'il soit possible d'admettre ce côté du système de Hegel, qui, voyant dans l'art un mouvement de l'esprit, qui part du symbole et ne traverse la beauté que pour arriver à la négligence de la forme, recherche quels sont les arts dont le caractère est d'exprimer l'idéal ou de faire triompher l'idée sur la forme dans la représentation esthétique. De cette recherche il résulte pour lui que l'architecture est éminemment symbolique ; la sculpture , éminemment classique, appartient en propre à la Grèce. L'art romantique, qui apparaît chez les chrétiens et dans les temps modernes, est surtout représenté par la peinture et la musique : « l'accent lyrique résonne partout, même dans l'épopée et le drame. 1 » La poésie est universelle en même temps que générale, c'est à dire qu'elle n'est le privilège d'aucun peuple ni d'aucun temps ; qu'elle se prête à toutes les phases que l'art
1 Hegel, Cours d'Esthét., tom. II, p. 387.