‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 151 sur 235 · quatrième partie · texte numérisé non relu

quatrième partie

l'architecture.

Je ne crois pas du tout que l'architecture soit le premier né de tous les arts. L'homme a-t-il bâti une maison avant d'instituer une espèce quelconque de langage? On conçoit des peuples qui n'aient pas d'habitations ; on en connaît qui ne mangent pas de pain; on n'en connaît point qui n'aient une poésie, des fêtes religieuses ou guerrières qu'ils célèbrent par des danses et des chants. Les branches entrelacées des arbres dans les forêts, les cavernes des montagnes , le lit de mousse ou de feuilles tombées au pied des hêtres , ont pu suffire aux hommes longtemps après que d'autres besoins se fussent révélés et satisfaits. Avant de se construire une demeure, l'homme a eu faim, il a tué des animaux et s'est paré en même temps que couvert de leurs dépouilles. Toutes les théories historiques à cet égard sont vaines; l'histoire ne se repaît point d'hypothèses : elle repose sur des faits certains et les faits manquent. L'induction philosophique elle-même n'arrive pas naturellement aux résultats que paraît confirmer un accord à peu près unanime. Pour moi, si je commence par l'architecture cet examen des formes de l'art, ce n'est pas parce qu'il a dû être le premier né des arts, mais parce qu'il en est le degré le plus humble et la forme la plus imparfaite.

Qu'est-ce en effet que la beauté? L'idéal d'une force , d'une vie individuelle et spirituelle. Comment avec la pierre, le bronze, le bois, exprimer la vie, si ce

n'est en imitant les êtres qui en sont doués? Or, cette représentation des êtres vivants et animés appartient à la sculpture. Que reste-t-il à l'architecture? On ne voit guère ce qu'elle a pu réaliser de la fin imposée à tous les arts, de plaire par l'expression d'une force vivante, individuelle , caractérisée , morale ; aussi ne remarquet-on pas l'intention esthétique, le dessein prémédité et prédominant de plaire, dans la plupart des monuments qu'ont édifiés les peuples ; ils ont bâti pour des nécessités delà vie domestique, sociale, politique, religieuse, ou pour laisser des souvenirs, des documents, des monuments, des symboles de leurs pensées et de leurs actions. Mais le goût du Beau n'abandonne point les hommes au milieu de leurs préoccupations positives les plus ardentes et dans la poursuite des fins les plus opposées ; ils ont donc cherché à l'introduire , à lui faire une place, soit dans l'architecture symbolique, soit dans la construction des édifices nécessaires à leur vie privée ou publique ; je ne sais même pas si le goût du Beau ne suffirait pas à expliquer lui seul certaines formes architecturales qui paraissent uniquement inventées pour plaire : la colonne est bien évidemment l'imitation d'un arbre ; les plus anciennes colonnes grecques, comme celles du temple de Salomon, étaient cannelées, ainsi que cela se présente sur l'écorce de certains arbres. Cette cannelure grossière que la nature a travaillée sur l'écorce de certaines espèces, ne s' étendant jamais dans toute la hauteur, a dû donner l'idée de la proportion, plus tard déterminée et variable, où cette disposition s'élève. En

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