‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 153 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

qui ont laissé des monuments dignes d'être regardés.

Que peut être la beauté dans l'art monumental? comment la communiquer aux masses inorganiques, les seuls matériaux qu'il ait à sa disposition? Les choses inorganiques se présentent soit sons la forme de volumes énormes, que l'homme modifie en les réduisant, soit sous celle de volumes très petits qu'il assemble ; il creuse le flanc des montagnes , découpe les rochers , ou bien il joint les pierres brisées ou taillées avec ou sans un ciment destiné à en faire un bloc artificiel.

Le monde des corps a pour propriété l'étendue, et l'étendue c'est le limité. La forme des corps n'est que leur limite. Le nombre ou le rapport des limites diverses que sont susceptibles de recevoir les corps , la détermination de la nature de ces limites , la mesure des espaces qu'elles enferment, c'est à dire la science de la géométrie , entrent nécessairement dans l'art de l'architecture, qui dépend en outre de toutes les lois qui gouvernent les corps, pesanteur, résistance, cohésion. Nous avons déjà vu que le Beau étant une forme idéale d'une force spirituelle , il est presque impossible de la donner aux masses inorganiques, si ce n'est par la sculpture ; mais il est possible de leur imprimer certains caractères de la beauté , sinon la forme de son essence, et par exemple l'unité. On doit considérer l'édifice comme un corps , et ce corps doit avoir ses membres ; non seulement le rapport des membres entre eux et au tout doit exister, mais il faut encore qu'il soit sensible et frappe le regard. Il y a ainsi une proportion dans les constructions relative à nos facultés de voir.

Dans l'architecture, comme dans la poésie, il ne faut pas dépasser la portée de nos sens, il ne faut rien créer de trop grand ni de trop petit ; de plus, chaque membre, quoiqu' ordonné avec le tout et nécessaire à l'ensemble, ne doit pas lui être sacrifié ; il a besoin d'avoir son indépendance, sa vie propre, c'est à dire sa beauté ; il faut qu'il paraisse nécessaire en soi et non pas seulement par rapport au rôle qu'il remplit dans l'ensemble : c'est de là que naît la variété qui se manifeste aux regards par le mouvement et la diversité des plans.

Mais en quoi, dira-t-on, peut consister l'unité d'une masse inerte, d'un corps sans âme, sans vie? Où peut être, dans une pareille chose, simple aggrégat de molécules que lie la cohésion, le principe d'individualité, de personnalité, et par conséquent de l'unité véritable? quelle peut en être la physionomie, quel le caractère?

Il est certain que l'unité dans l'architecture ne peut se révéler que dans l'unité du but auquel l'édifice est destiné : elle n'existe donc que dans une autre chose étrangère , et l'art ne s'explique que par le but où il se perd comme art indépendant. Il faut que l'édifice ait un but unique, et que l'unité de ce but éclate, resplendisse à tous les yeux ; ce rapport à une fin, vice irrémédiable , incurable , de l'architecture , ne lui permet d'aspirer à obtenir, parmi les arts, que la place la plus humble. Il est presqu impossible de fixer la limite qui sépare le maçon de l'architecte. 1 Ce dernier

1 Ce sont des maçons qui ont construit nos cathédrales gothiques. Chez les Grecs seuls , les architectes étaient des sculpteurs. Phidias a contribué , dit-on? aux plans du Parthénon. Ce fait s'est renouvelé à la Renaissance.

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