‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 154 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE. O i O · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. O i O

a comme l'artisan, dans l'esprit, le rapport à une fin; cela suffit pour détruire toute son indépendance : il n'est plus maître de lui-même ; il dépend de la fin qu'on lui impose et de toutes les conditions qui en découlent : il les subit fatalement : car on ne bâtit pas pour bâtir. Religieuse, militaire, domestique, l'architecture a nécessairement un but : le château, le temple, le palais, le tombeau, l'aqueduc; les membres mêmes de l'édifice, la fenêtre, la porte, même la porte triomphale, rien de tout cela n'existe par soi, ne s'explique par soi-même : tous les esprits y cherchent ou un but pratique, ou un sens symbolique. Il ne peut donc y avoir qu'une apparence d'unité : c'est celle que le but semble communiquer au moyen. Mais dans l'art aussi bien que dans la morale, la fin ne justifie pas les moyens : il faut qu'ils se justifient par eux-mêmes, et ni l'ensemble ni les détails de l'édifice ne peuvent ainsi s'expliquer.

L'unité apparente, abstraite, qu'à défaut cle l'unité véritable, doit exprimer l'architecture, c'est la symétrie ; par là elle se distingue de la nature. S'il y a une loi symétrique dans ce que cette force aveugle construit ayec toute sa puissance , nos yeux ne là peuvent atteindre : l'immensité de la masse dépasse la faible portée de nos organes. C'est une très jolie métaphore que de parler de l'architecture des montagnes et de l'architecture des deux, mais c'est une métaphore : il n'y a rien de symétrique dans la nature.

La proportion produit l'idée d'équilibre, de solidité, lie ce mouvement immobile qui est presque la vie.

L'harmonie des formes anime l'édifice et y répand comme une eurhythmie pleine de grâce : c'est une musique glacée, dit Schlegel ; c'est elle qui distribue le corps du bâtiment en membres, ayant chacun leur fonction propre et coopérant cependant tous à la fonction du tout.

On comprend combien d'obstacles opposent à ces principes abstraits les nécessités du but que poursuivent les architectes ; leur art consiste non pas à les sacrifier, mais à ne pas les laisser sentir. Tout ce qui est nécessaire doit paraître libre , et tout ce qui est utile doit en apparence ne servir qu'à plaire ; c'est une lutte entre la beauté et l'utilité , où l'art est presque toujours vaincu.

L'édifice est un corps ; mais tout corps n'a de caractère que dans le principe vivant qui le meut ou l'habite. Cependant les formes sensibles révèlent et expriment l'être pensant et vivant qui les meut ; jusqu'à un certain point on peut dire qu'elles s'identifient avec lui; cette identification, c'est l'idéal lui-même. Par une illusion moins justifiée , mais qui n'est pas sans vraisemblance , on peut considérer l'édifice comme le corps de celui qui l'habite; ce n'est là, disons-nous, qu'une illusion, mais que soutiennent nos manières de sentir. L'esprit vivant ne pénètre pas la pierre de l'édifice et ne s'incarne pas dans la colonne qui le soutient; cependant nous laissons quelque chose de nous-mêmes dans les lieux que nous avons longtemps habités ; à la douleur que nous avons de les quitter, nous sentons que nous les aimons , qu'ils font presque

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