‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 155 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

partie de nous, parce que nous les avons un peu transformés à notre image. L'édifice est la demeure de l'homme ou d'un Dieu : il est naturel que cette demeure leur soit appropriée; qu'elle révèle, imparfaitement il est vrai, le caractère de celui qui l'a choisie ; mais lorsque le Dieu qui l'habite est le Dieu même de la beauté , l'idéal , alors le temple n'a plus qu'un but : c'est de s'approprier à labeauté et par conséquent d'être beau lui-même : alors seulement il y a un édifice idéal.

Il m'est absolument impossible d'admirer comme belles les constructions de l'architecture indoue. Je n'ai pas besoin de dire que je ne les ai pas visitées ; mais, en m'en rapportant aux descriptions des voyageurs et aux gravures, je puis dire que ni les grottes ni les souterrains d'Elora , du Kailasa, du Visvakarmâ, ni les stupa's de Caboul ou de Beghram, ni les pagodes pyramidales ou en terrasses superposées , formant de quatre à douze étages comme celles de Ceylan et de Jaggernaut, ne me paraissent répondre aux exigences de l'art et remplir son but.

Les temples souterrains d'Elora sont enfouis sous la terre et creusés dans une ceinture de montagnes de granit rouge qui s'étend dans un espace de plus d'une heure de marche ; ils ne sont point visités de la lumière et n'ont point de forme extérieure ; ils n'ont point par conséquent de mouvement. Leur immensité même, leur multiplicité, l ne permettent pas d'en saisir l'unité, s'il y en a, car il est plus que probable que

1 II y a douze mille grottes taillées , revêtues d'ornements de stuc , dans la montagne de Bamiyan.

l'intention même d'en mettre a été tout à fait étrangère à ces constructions : c'est l'œuvre des siècles et de milliers d'architectes. i

Des calottes sphériques , écrasant de leur masse de pierre des constructions pleines, basses, où, malgré leur énorme épaisseur, on ne trouve qu'une petite pièce formée de blocs de pierres s'élevant jusqu'à la coupole, les stupa's, en un mot, me font l'effet d'un casque énorme placé sur la tête difforme d'un petit monstre sans jambes.

Les pagodes ont plus d'élégance : elles montent, elles s'élèvent, et bien que la profusion des sculptures nuise à la légèreté de l'ensemble, et que les lignes parallèles que forment les terrasses superposées, coupent et fatiguent les yeux par la multiplicité des plans trop rapprochés , il y a là un plus grand sentiment de la grâce ; mais qu'on est loin d'être satisfait! Comme détail d'architecture, les Indous ont connu la colonne, mais plus fréquemment employé le pilier. Le chapiteau de la colonne est circulaire ; il prend le plus souvent la forme d'un éléphant, ou encore d'une cloche renversée sur laquelle des éléphants entrelacent leur trompe.

On ne peut pas nier les rapports de l'architecture avec les idées philosophiques et les croyances religieuses des peuples ; mais je ne puis pas ni ne veux

2 Le capitaine Seely qui les a visitées , semble n'avoir été frappé que de l'immensité du travail et des proportions : « c'est un rocher naturel haut de cent pieds, qu'ils ont creusé, évidé lentement avec le ciseau... Cette œuvre est inimitable, et l'esprit se perd dans la surprise et l'admiration. »

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