‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 157 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

trouvait le pylône, gardé le plus souvent par des sphynx ou des lions, ou des criosphynx de granit; quelquefois ces animaux sont remplacés par des obélisques.

Le pylône , appelé aussi propylée , est particulier à l'Egypte et n'a été imité par aucune architecture ; c'est une porte accompagnée , à droite et à gauche , de deux massifs de maçonnerie dont les murs , en talus fortement inclinés, s'élèvent beaucoup au dessus de la porte même. C'est, dit M. Jomard, l'imitation de deux tours carrées qui semblent avoir été placées originairement pour défendre la porte. Cet ensemble a quelque analogie avec la façade de l'église gothique, dont le portail , flanqué des deux tours qui le dominent , semble protéger tout l'édifice; on a même voulu que cette dernière disposition dans nos églises ait été réellement empruntée à l'architecture égyptienne. Cette hypothèse est ingénieuse plus que naturelle.

Quoi qu'il en soit, ce pylône donnait accès dans une cour carrée fermée de tous les côtés, à l'issue de laquelle se trouvait un second pylône ; ce second pylône ouvrait sur une autre cour carrée , suivie d'un troisième pylône, et cette disposition, cette suite de cours fermées et de pylônes pouvait se répéter jusqu'à six fois, comme elle l'est aux grands temples de Karnak.

Dans le petit temple de Philœ, type réduit, mais complet de l'architecture religieuse en Egypte, après le second pylône vient un portique , plus élevé et plus large que le temple; c'est une salle hypostyle et hy-

pœthre, fermée de tous les côtés par des murs et ne recevant le jour que d'en haut par la terrasse et par la porte du pylône. Les colonnes, architraves, murs et plafonds, tout est couvert de sculptures, et toutes ces sculptures sont peintes. Il n'y a que cinq couleurs : le jaune, le vert, le bleu, le rouge et le blanc, et bien qu'on puisse croire que la distribution de ces couleurs était , comme tout le reste , soumise à des règles invariables, l'œil est charmé de V effet qu'elles produisent, et qui n'est pas sans analogie avec celui que font nos églises peintes du moyen-âge, du style qu'on appelle flamboyant.

À la suite du portique vient le temple, plus long que large, divisé en deux parties; les salles intérieures, tout à fait obscures ou ne recevant que peu de jour par de très petites ouvertures pratiquées dans les murs; elles sont toutes sculptées et peintes; et enfin le sanctuaire , qui ne renferme qu'un bloc souvent énorme de granit creusé , où étaient déposés les restes de l'animal sacré , du dieu auquel le temple était consacré. À Philœ, c'est la cage de l'épervier sacré qui personnifiait Osiris ; au sérapéum, c'est le tombeau du bœuf Àpis. Ces dieux mourant sans cesse, il fallut multiplier les sarcophages et les salles funéraires. Il y a dans cet édifice, récemment mieux connu par les fouilles du courageux et savant M. Mariette, des galeries de 700 mètres , percées de caveaux comme un columbarium romain et destinées à recevoir les sarcophages. Ceux-ci sont des monolithes d'une extraordinaire grandeur et polis avec un soin merveilleux; le plus petit

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