‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 159 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

chapiteau, sur la tête d'une colonne? Le fût reçoit de nombreuses variétés : ou il est tout uni, ou il est sculpté d'hiéroglyphes, ou il représente un faisceau de roseaux, ou de tiges de lotus liées, ou l'écorce du palmier ou du dattier. On voit, dans l'ouvrage de M. Prisse d'Àvesnes, des colonnes lotiformes à faisceau, peintes, d'un effet charmant.

La coupe et l'assemblage des pierres semble avoir été la partie négligée et, jusqu'à un certain point, défectueuse de l'art égyptien. Il n'a pas toute l'élégance de proportion, la majesté simple, la mesure exquise qui, en tous les arts , caractérisent les ouvrages des Grecs ; il vise à l'effet par la masse et par l'étendue. Un toit en terrasse, comme l'a très bien remarqué Hegel, ne termine pas un édifice ; l'imagination peut encore bâtir sur ce terre-plein. Un toit à angles et terminé en pointe, détruit cette idée d'inachevé ou d'incomplet qui nuit à l'impression : il est évident qu'on ne saurait plus rien lui faire supporter.

Mais, malgré ces imperfections, on ne peut pas dire de cet art qu'il est resté en Egypte dans l'enfance. a L'architecture égyptienne, dit Lencret, 1 envisagée en elle-même et relativement à son objet, avait acquis des règles sages et bien liées, et semble avoir atteint toute la perfection dont elle était susceptible. Le travail du ciseau est parfait ; il est impossible de trouver des surfaces mieux dressées, des colonnes mieux arrondies , des arêtes plus vives , des courbes plus pures

1 Grand Ouvrage sur V Egypte, Antiquités, Mémoires, tom. T.

et plus continues ; les feuillages des chapiteaux sont taillés avec une rare pureté. »

C'est dans la Grèce que l'art monumental arrive à sa perfection. Le temple en est toujours la production la plus considérable et la plus importante à tous égards, et par conséquent l'architecture est toujours liée à un but auquel il lui est interdit, d'ailleurs, de jamais se soustraire. Mais l'harmonie de ses formes paraît tellement libre, qu'elle transforme l'utile en beau et ne laisse apparaître que la grâce. Nous devons, d'ailleurs, faire une remarque trop négligée et qui s'applique aux monuments religieux de l'Egypte comme à ceux de la Grèce : la destination du temple n'est pas, comme le pourrait faire supposer l'analogie des idées, d'être le lieu de la prière commune ou du sacrifice public : c'est l'habitation terrestre du Dieu; cela est tellement vrai , que le sanctuaire où repose l'épervier sacré dans sa cage de granit, est un lieu petit, complètement obscur et ne pouvant contenir que quelques prêtres, de ceux qui pouvaient paraître en présence même de la divinité. La Grèce, moins mystique, n'a pas reculé le sanctuaire de son temple si loin des regards de la foule et au delà de plusieurs salles intérieures, toutes obscures, comme le sêkos égyptien.

Cependant la cella ne contient non plus que l'image du Dieu et ne s'ouvre que rarement à l'admiration esthétique autant qu'aux hommages religieux des peuples. C'est sous le portique, dans le pronaos, qu'est placé l'autel et qu'ont lieu les sacrifices. Les assistants n'aperçoivent qu'à travers la fumée de l'encens et les

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