‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 161 sur 235 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

connaissent : il est construit sur un soubassement qui l'élève de plusieurs marches au dessus du niveau de la terre , et qui , tout en lui donnant plus de hauteur apparente, l'isole du sol où sont enfoncées les demeures des vivants. Des colonnes V entourent de tous les côtés, et sa double façade est précédée d'un portique qui en a un double rang. Ce portique est surmonté du fronton grec , qui le couronne de tant de grâce et de majesté. L'œil pénètre dans ces colonnes, toujours isolées, qui jamais ne s'engagent dans les murailles, ni ne s'accouplent, et qui sont toujours des supports réels. Leur disposition habile en multiplie le nombre, jette quelque chose d'indéfini et trompe sur la grandeur ; cependant elles ne sont jamais assez nombreuses, et l'édifice est mesuré avec une sagesse trop parfaite pour que nous soyons perdus dans les détails. L'œil embrasse facilement l'ensemble, saisit les proportions de chaque partie au tout et de toutes les parties entre elles; c'est la plus parfaite unité que puisse réaliser la matière inorganique. On a prétendu que les anciens avaient emprunté du corps humain les proportions de leur architecture, et que le fronton, tête du bâtiment , devait avoir le même rapport que la tête avec le corps. ' Sans aller jusque là, il y a sans doute, dans l'aspect du Beau dans l'homme, qu'ont si bien possédé les Grecs, dans ce qui constitue la force et l'élégance, quelques analogies qui ont pu servir les architectes grecs, lesquels étaient souvent des sculpteurs.

1 'AVinckelmann , Hist. de l'Art, liv. IV, eh. 3, § 34.

L'ordre dorique est le type le plus ancien et le plus parfait de l'architecture grecque ; il n'est pas seulement le plus ancien , il est le fondement de tous les autres ordres : c'est sa colonne qui le caractérise, et tel est le style dans lequel a été bâti le Parthénon. Rien n'est plus simple, plus majestueux, plus sévère, plus robuste. Le chapiteau consiste, au sommet, en un grand échinus ou quart de rond, tout uni, fort allongé, épais, surmonté d'un vaste tailloir ou abacus, toujours carré, et qu'on appelle quelquefois pour cette raison trapèze. l Ce tailloir proéminent a une saillie énorme sur le quart de rond , qui donne à la colonne et au chapiteau qui l'ombrage un grandiose extraordinaire. Le fût de la colonne , toujours cannelé et à cannelures aiguës , - diminue de la base au sommet , et pose son pied nu , « sans cothurne ni sandale , 3 » non pas précisément sur le sol, mais sur le soubassement qui règne au dessous de tout le temple. 4

Ce ne sont pas les seules propriétés de l'ordre dorique. Le génie grec, que dans l'architecture les Doriens semblent avoir le mieux représenté , a tiré parti de tout. L'édifice ayant toujours un but, et la solidité, la durée étant les premières conditions de cette destination, tout dans l'édifice doit y concourir; aussi les ornements de l'ordre dorique ne sont qu'une indi-

1 Ce mot , qui est pour tétrapèze , signifie table à quatre pieds.

2 Cet ornement, appelé diaxysma ou rhabôsis, est très ancien.

3 J'emprunte cette élégante et très juste métaphore à une précieuse notice de M. Vitet sur Pindare.

4 On trouve cependant à Pœstum un temple dorique, celui de Cérès, dont les colonnes ont une base. C'est fort rare dans cet ordre.

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