‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 162 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

cation des fonctions de chaque partie. Les triglyphes de la frise représentent, sur la face extérieure, les extrémités des entraits posés sur l'architrave. i La moulure, composée de trois rainures, rappelle les trois sillons parallèles que l'on taillait dans les extrémités de cette poutre, soit afin d'empêcher le bois de se fendre, soit afin de conduire l'eau de pluie qui coulait de la corniche. D'autres pensent que ces sillons n'étaient pas taillés artificiellement, mais qu'ils étaient naturellement produits par l'action de l'eau qui coulait le long des solives et finissait par y creuser comme de petits ruisseaux. 2 Les gouttes étaient des moulures triangulaires, placées au nombre de six, sous les trois rainures des triglyphes , qui représentaient les gouttes d'eau tombées de la charpente. Cet ornement, ordinairement placé dans l'architrave , se trouvait cependant quelquefois répété sous les modillom de l'ordre dorique, et leur présence dans ce membre de la frise s'expliquait par la même raison. L'espace entre chaque entrait, ou, ce qui revient au même, entre chaque triglyphe , était primitivement vide ; 3 on le remplit plus tard d'un panneau de marbre richement sculpté, comme au Parthénon.

La partie inférieure de la corniche dorique était

1 Vitruv., IV, II,

2 L'origine de cette moulure, empruntée, ainsi que beaucoup d'autres, à la charpente , a autorisé le savant archéologue , M. Otf. Mùlbr, à dire : « La construction en pierre a emprunté , chez les Grecs, plusieurs formes à la construction en bois, formes qui se sont longtemps maintenues dans l'entablement. L'architecture égyptienne n'a pas reçu aussi visiblement ses formes de la construction en bois. »

3 Euripid., Iphig. Tanr., v. 113.

ornée de denticules , petits dés carrés , séparés les uns des autres et placés dans le filet ; ils étaient destinés h représenter l'extrémité des chevrons du toit, tandis que les modillons, d'où tombaient aussi des gouttes, représentaient les extrémités des arbalétriers. ' On voit donc que les denticules doivent être placés au dessus des modillons , comme les chevrons reposent sur les arbalétriers de la charpente , et que les Romains , en plaçant les denticules sous les modillons, en ont détruit le sens et méconnu la destination. Par la même raison, ces ornements ne se trouvent jamais en biais d'un fronton, puisque ce n'est jamais dans ce sens que les poutres peuvent faire saillie.

Tout est donc utile dans cet ordre : toutes les parties se correspondent et se lient , sont nécessaires les unes aux autres; toutes s'expliquent par elles-mêmes, en concourant toutes au but de la construction : c'est ce qui en fait la noblesse et la grandeur un peu sévère. La taille des pierres est exécutée avec la plus admirable précision, et elle est telle que certains temples, celui de Girgenti par exemple , sont bâtis sans mortier, et que les joints y sont encore parfaitement conservés par la seule adhérence des surfaces. Les colonnes doriques n'ont que le tiers de la largeur de l'édifice; l'entablement est énorme par rapport à cette hauteur ; mais c'est à ces proportions graves plutôt que lourdes, qu'il doit ce grand caractère que tous les architectes

I Ils consistaient, dans l'ordre dorique, en une pièce carrée et en saillie, placée à des intervalles réguliers au dessus des triglyphes et des métopes . et juste au dessous du couronnement.

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