‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 179 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

de musique , avait permis aux vainqueurs de se faire élever des statues que l'on consacrait soit dans l'Àltis, bois d'Olympie, soit dans ]eurs villes natales; cela n'eut pas pour effet seulement de multiplier les œuvres de la statuaire , mais de la faire renoncer aux types hiératiques et se rapprocher de la nature ; il fallait qu'ils se rapprochassent du modèle. Les anciens n'avaient pas un sentiment aussi délicat de la pudeur que les modernes ; la nudité ne les offensait pas dans la réalité; leurs jeux étaient gymniques; leurs athlètes combattaient nus ; les jeunes Lacédémoniennes dansaient dépouillées de tout voile. On comprend que ces mœurs favorisaient singulièrement un art qui, n'ayant de procédé d'imitation que la reproduction de la forme , doit aspirer à la reproduire tout entière. Le corps humain est admirable dans toutes ses parties , surtout quand il est idéalisé , purifié par l'art ; et les anciens ne se sont pas interdit d'enlever à la réalité ce qu'elle pouvait avoir, dans l'homme , laissé de traces d'animalité : ou ils les ont effacées ou ils les ont voilées. 1 La beauté était commune et le sentiment de la beauté physique était plus général , mieux compris en même temps que plus goûté. Aujourd'hui on goûte plus difficilement la sculpture , et les mœurs en sont une des causes, quoique cène soit pas assurément la seule. Je crois , malgré le sentiment de Hegel , que le nu ,

1 11 n'y a rien de plus élevé que le sentiment maternel; cependant les Grecs ont donné à leurs déesses, même à celles qui ont été mères, des formes virginales ; elles n'ont pas enfanté dans la douleur ; la beauté de leur forme n'est pas violée par une grossesse ridicule; la pureté des contours et la grâce élégante des seins ne sont pas gâtées par l'allaitement.

au moins dans les parties expressives du corps , offre un sentiment plus élevé de la beauté. Le vêtement ne doit couvrir que les parties indifférentes au sens de la beauté, et encore ce vêtement doit prononcer les formes qu'il cache ; car lorsque la sculpture cache les formes , elle se détruit elle-même. Il faut, d'une part, que le vêtement ait sa souplesse, sa mollesse, qu'il tombe librement, qu'il soit indépendant, qu'il n'ait rien d'artificiel, qu'il soit complètement à la disposition de celui qui le porte , et non pas raide , gêné , cousu , et faisant comme la caricature ou le mannequin d'un homme ; aussi les plis des étoffes dans les statues semblent avoir été mouillés, afin que l'épaisseur ou la rudesse n'en gênent pas l'ampleur et la souplesse. On sait d'ailleurs qu'il est presque impossible et tout à fait inutile de chercher à reproduire la nature de l'étoffe. Le vêtement de la sculpture participe de l'idéalité du corps qu'il couvre ; il en a la blancheur pure , l'unité de façon et de caractère, et, malgré son épaisseur apparente, il ne perd rien de sa souplesse et tombe à plis flottants et amples comme un linge mouillé.

Nous avons apprécié les caractères de la sculpture antique en supposant que les statues et les groupes étaient composés d'une même et uniforme matière, bois, pierre, bronze ou marbre, et que ces statues n'avaient reçu l'addition d'aucune peinture. Ces deux faits ont été historiquement et esthétiquement contestés. Il est certain, d'une part, que l'or et l'ivoire ont été employés dans les statues des Dieux ; que c'était en ivoire qu'étaient faits la tête, les mains, les pieds,

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