QUATRIÈME PARTIE
dans les statues de Minerve et de Jupiter Olympien de Phidias; et M. Raoul Rochette l nous apprend ce qu'à la plus belle époque de l'art grec, les édifices de premier ordre étaient ornés de sculptures sinon peintes dans toute l'étendue du mot , du moins coloriées de manière à faire ressortir certain membre d'architecture ; que , sur un grand nombre des plus belles statues antiques , on découvre l'emploi de teintes diversement colorées, qui détachaient certaines parties du vêtement, faisaient ressortir l'éclat des chairs et la beauté du nu, donnaient enfin au marbre presque le sentiment et la couleur de la peau , et produisaient, par dessus tout cela, l'immense avantage de conserver le marbre. »
Il y a là, je crois, quelques confusions et un certain entassement de raisons diverses qui se dérobent les unes par les autres. Il y a une architecture coloriée, peinte : nous le savons, nous en connaissons l'effet. Les temples de l'Egypte sont peints, et certaines chapelles du moyen-âge, Notre-Dame de Lorette, Notre-Dame même, ont été ou vont être ainsi habillées et, dit-on, restaurées dans ce style. Je le déplore quant à moi : je ne puis trouver aucune signification à la peinture appliquée à la pierre ; un ornement qui ne signifie rien , qui ne sert à rien, me choque au suprême degré. Si l'on dit que notre climat noircit , use et dégrade la pierre , et que le climat de l'Italie et de la Grèce semble la conserver et presqu' embellir le marbre, je réponds que ce serait
1 Cours d'archéolog., p. 200 et 203.
l'extérieur de nos cathédrales qu'il faudrait ainsi protéger, et je commence à craindre qu'on n'en vienne à barbouiller nos monuments , comme les Hollandais leurs maisons, sous prétexte de propreté. Toutefois, ni les temples de Pœstum , ni le Parthénon, n'ont conservé aucune trace de peintures semblables , ni les colonnes, ni les bas-reliefs, ni les frises, ni les frontons, du moins que je sache. J'en dis autant des œuvres de la sculpture : ni le Laocoon, ni la Vénus de Milo, ni le Torse, ni l'Apollon du Belvédère, ne portent la trace de peintures pareilles.
Cependant il paraît certain que la Vénus de Médicis avait eu les cheveux dorés et des boucles d'oreilles rapportées ; que beaucoup de statues avaient des accessoires et des draperies en or ; mais toutes les parties expressives et nobles restent de la même matière, et je ne vois citer aucun fait particulier qui puisse prouver l'emploi général de la peinture à l'art plastique ou à l'art monumental. Ce fut Néron qui fit dorer la statue d'Alexandre, et non pas Lysippe. Si les anciens avaient découvert une substance qui, pénétrant le marbre , le préservât des injures de l'air et du temps , quand même cette substance eût été légèrement colorée, cela est une toute autre question ; on trouve en effet à tous les marbres antiques un éclat doré , une fraîcheur, une jeunesse admirables. A quoi faut-il l'attribuer? On ne le sait pas d'une manière certaine. Quelques uns l'attribuent simplement à ce merveilleux climat où tout est fait à souhait pour l'art.
Il faut reconnaître que , dans la sculpture destinée