QUATRIÈME PARTIE
aux temples, au temps de Phidias, l'élément traditionnel jouait encore un grand rôle : des colosses comme la Minerve du Parthénon , qui avait trente-cinq pieds; comme le Jupiter Olympien, qui, assis sur son trône, en avait quarante-cinq, appartiennent beaucoup plus aux idées orientales et égyptiennes qu'aux idées grecques. Le dieu d'Olympie n'aurait pu se lever sans briser la toiture du temple : cette stature colossale était le symbole de la puissance de celui qui d'un signe de ses sourcils ébranle le monde ; mais cela me paraît bien éloigné de ce sens de la mesure qui caractérise le pur génie grec. S'il est vrai qu'il apparaisse seulement dans les statues appropriées au culte et devant se soumettre au symbolisme hiératique, le mélange des matières de la sculpture ne peut pas être érigé en principe , en règle , et il ne faut pas attribuer à notre mauvais goût ou à un pur accident la préférence qu'ont les modernes, comme je crois les anciens, pour l'unité de matière, bronze ou marbre. Les idoles grecques auraient eu des yeux d'émail ou de pierres précieuses , comme on l'a dit à tort de la Minerve de Phidias , que cela ne tirerait pas à conséquence pour l'art ; le statuaire n'eût fait ici que se conformer aux exigences du culte , qui aime dans les représentations moins la beauté que l'antiquité des formes; cela n'empêche pas que la tête de Jupiter, toute en ivoire „ ne put justifier les enthousiasmes qu'elle a excités dans toute l'antiquité. Phidias a pu cependant être obligé de subir des procédés et des buts introduits par l'élément religieux et qui n'appartenaient pas à
son art, et je ne puis m'empêcher de dire avec Diderot, a que ces riches ornements et ces cheveux dorés ne sont que des inventions de prêtres sans goût. »
Quant à la sculpture peinte, nous pouvons nous en faire une idée très facilement : on n'a qu'à voir des figures de cire. Qu'est-ce qu'il y a de hideux dans cette exhibition? c'est la réalité. En ajoutant à la vérité des formes, des yeux qui regardent, le sentiment de la chair et la morbidesse de la peinture, vous faites un monstre, un homme empaillé, une momie bien conservée : tout l'idéal s'est enfui. Cette couleur d'ailleurs est condamnée à être toujours fausse. Dans un tableau, le peintre distribue comme il veut la lumière ; c'est lui-même qui la crée ; elle vient et va où il veut, d'où il veut; il éclaire à son gré ses personnages ; mais dans la vie réelle , la lumière est libre et indépendante de l'homme , et, sous l'influence de cette lumière changeante , l'homme change à chaque instant de couleurs. Le coloris inaltérable plaqué sur les chairs d'une statue, restant perpétuellement le même, à quelque jour qu'on l'expose, de quelque côté que vienne la lumière , quelles que soient l'heure et l'intensité cle clarté, comment appliquer le clair-obscur à une statue? C'est une horreur et un mensonge : plus d'idéal, pas de réalité. D'ailleurs on n'a jamais pensé à peindre le bronze, et la seule pensée en est grotesque.
Je crois donc que ce n'est pas sans des raisons très fortes que l'art moderne préfère le marbre et le bronze à tous les matériaux combinés de la sculpture hiéra-