‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 182 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

tique des anciens. Quelle que soit la juste admiration qu'aient causée aux anciens la Minerve du Parthénon et le Jupiter d'Olympie, nous pouvons imaginer difficilement quelque chose de plus beau que les sculptures en marbre que possèdent la Tribune de Florence et les cabinets de la cour du Belvédère au Vatican. Si Quintilien a pu dire à juste titre d'un ouvrage en ivoire que nous n'avons plus : Majestas operis deiim cequamt ; si Pline a dit : Jouem Olympium nemo œmulatur ; il a dit du Laocoon, qui est en marbre et que nous avons sous nos yeux : Opus omnibus et picturœ et statuariœ artis prœponendum. Nous ne voyons donc pas de motifs sérieux ni d'arguments, soit de fait, soit de logique, pour renoncer à un sentiment dont M. Raoul Rochette constate l'universalité et l'invincible persistance, quoiqu'il le combatte comme un préjugé.

D'après ce que nous avons dit, il n'y a pas lieu de s'étonner si la Grèce seule a produit des œuvres dignes d'admiration dans la sculpture ; cet art lui appartient pour ainsi dire en propre ; on n'en trouve que les origines obscures, les ébauches imparfaites ou l'imitation épuisée chez les autres peuples. Les Indous, abrutis par le panthéisme grossier de leur philosophie, qui ne savent rien dégager de la matière , de la confusion, ne sont pas arrivés à la notion de la forme pure, élégante, vivante d'un idéal qu'ils n'ont jamais pensé ; leur sculpture est grossièrement symbolique. L'idée qu'ils se font de la grandeur est une idée de dimension et de grandeur massive ; ils ne tiennent aucun compte de l'exactitude des formes, des propor-

lions relatives des membres ; leur tendance à l'exagération se déploie là à son aise : ils taillent dans les montagnes des idoles de cent vingt pieds, comme celles de Lat et de Munat, le premier homme et la première femme , qu'on voit dans les grottes de Bamiyan ; ces deux colosses sont placés dans des niches formées par les parois du rocher où on les a taillés ; le dessin est barbare , sans aucune élégance , et le type même des figures est affreux, plutôt abyssinien qu'indou.

L'Egypte, quoique supérieure à l'Inde, n'a pas eu non plus, dans une mesure vraiment esthétique, le don de la plasticité ; elle a connu les deux formes de la sculpture, celle de ronde-bosse et le bas-relief; les sculptures sont en relief dans le creux : elle n'a excellé ni dans l'une ni dans l'autre , et ce qu'elle a produit de plus conforme aux règles de l'art et aux exigences du goût, ce sont les animaux. Il ne faut pas oublier que les dieux et les rois seuls pouvaient être représentés en statues ; que les rois étaient des dieux , et qu'alors toutes les représentations figurées devenaient des idoles et faisaient partie de la religion : de là toute liberté enlevée à l'artiste ; la religion commande à l'art, lui impose ses types qui ne sont que des formules, et lui interdit toute innovation qui serait un sacrilège. L'art n'est ainsi qu'une forme de l'écriture, une écriture symbolique , un système de hiéroglyphes ; ce sont des idées rappelées et , dans une certaine mesure , exprimées par des formes qui sont plutôt des signes ; cela est vrai surtout du bas-relief. C'est ainsi que, par

Page 1