QUATRIÈME PARTIE
exerce sur cet art , quand déjà cependant il est devenu un art, c'est à dire une forme expressive de la beauté.
Ces trois périodes sont caractérisées par trois noms : Smilis, fondateur de l'école d'Egine, Phidias et Polyclète, l'auteur de l'Hermaphrodite. Les débris retrouvés à Egine du temple de Jupiter Panhellénien , et conservés à la pinacothèque de Munich ; les frontons brisés du Parthénon , qui font la gloire du British Muséum; et la Vénus de Milo, dont s1 enorgueillit justement le Louvre ; enfin la Venus de Médicis à Florence, le Torse, l'Apollon, le Laocoon au Vatican, le Gladiateur au Capitole, permettent d'étudier les caractères de ces trois écoles d'après leurs ouvrages.
Une certaine réaction, peut-être juste dans son principe, excessive dans ses conséquences, relève en ce moment la race dorienne de la condamnation qu'elle avait longtemps supportée de la part des modernes et , il faut le dire, même des anciens. On accusait les Doriens d'avoir été impropres aux arts et de les avoir négligés autant que méprisés : or, on a commencé à voir que ce sont eux qui ont inventé le type le plus parfait de construction que les hommes aient connu; le mode le plus beau de musique, au sentiment des anciens; le plus poétique dialecte de la plus poétique des langues , sinon le plus harmonieux ; enfin la sculpture vient de révéler leur talent inconnu longtemps , et leur génie peut-être aujourd'hui exagéré.
Egine est une île dorienne ; le temple de Jupiter, suivant les meilleures autorités, y fut construit lors des victoires médiques, cinquante ou soixante ans
avant le Parthénon ; la beauté des bas-reliefs qu'on y a trouvés autorise M. Fortoul à dire que les Doriens ont été dans cet art encore les instituteurs de la Grèce , ce et que c'est à eux que revient l'honneur de l'avoir mise en possession d'une statuaire qui lui fut propre. » Ainsi, non seulement la sculpture dorienne serait l'origine , elle serait encore le principe , le fondement de toute la sculpture grecque ; et Phidias , Polyclète et Myron n'auraient fait que développer les principes de l'école éginétique dont Smilis , contemporain de Dédale, avait été le fondateur. 1
Les marbres d'Egine présentent un singulier contraste : les corps approchent de la perfection; d'une vérité frappante de détails, d'une exécution très soignée, ils attestent une profonde connaissance de la structure du corps humain, et la reproduisent avec un peu de sécheresse jusque dans sa maigreur ; malgré la dimension un peu courte des bras, la proportion en est habilement mesurée ; les attitudes sont pleines de mouvements, et de mouvements vifs, presque violents ; on remarque une grande diversité de lignes que contient l'harmonie et qui se ramènent à l'unité ; la maigreur de ces formes allongées n'en détruit pas la grâce austère, dont le principe ici est une imitation vive et vraie de la vie , à la fois savante et naïve ; les vêtements tombent à plis droits et réguliers et semblent imiter les draperies réelles dont on couvrait autrefois les statues de bois : c'est l'art dorien dans sa pureté.
1 Ce n'est pas là du reste l'opinion d'Otfried Millier, ni de Winckelmann.