‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 186 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

À côté de cette perfection relative qui atteste le goût sinon de l'idéal, du moins de la vie, du mouvement, de la proportion, de l'harmonie, et d'une certaine élégance de formes et d'attitudes, par un contraste violent et choquant, on trouve des figures sans vie, des traits grossiers qu'anime à peine un rire forcé, stupide ; des cheveux qui imitent une perruque , disposés par petites boucles frisées et symétriquement superposées , la barbe aiguë et indiquée par des traits en creux.

Les archéologues seuls ont à s'occuper des motifs qui ont pu inspirer aux artistes une telle négligence , ou des causes qui ont amené ces effets étranges. Que m'importe que ces têtes stupides soient la reproduction obligée du type hiératique , ou de la forme égyptienne, dont l'art grec n'a pas encore secoué le joug ou décliné l'imitation, ou de l'ignorance partielle des artistes : hypothèse bien invraisemblable d'ailleurs î Je suis tout prêt à reconnaître que l'archaïsme de ce style ne tient pas à une époque , ou du moins à l'ignorance d'une époque, mais qu'il est le fait d'une école soumise encore aux traditions religieuses, et qui n'osant, dans la reproduction des images divines, rien changer àl'expression de la tête et du visage, reprenait sa liberté dans le reste du corps ; mais, par cela même, n'en fautil pas conclure que cette école, qui a aussi son époque, enchaînée au type hiératique et gouvernée par des règles tout à fait étrangères à l'art, a dû être inférieure dans la reproduction des visages, et qu'elle a su mal faire ce qu'il lui était interdit de faire ? La maladresse,

l'absence de goût, ont dû être les résultats nécessaires des principes de cet art encore à moitié sacerdotal. Quoi qu'il en soit, l'effet est universellement reconnu : la partie essentielle de l'art sculptural est misérablement rendue ; des têtes sans beauté, sans expression, sans idéal comme sans réalité , condamnent les marbres d'Egine à ne jouer dans l'art, malgré la perfection des corps , qu'un rôle très secondaire ; la vie est comme atteinte dans sa source. Le principe de la vie est l'esprit ; la première condition de l'art est donc loin d'être remplie : il n'y a place ici ni pour la force , ni pour la liberté, ni pour la personnalité, ni pour le caractère, et il y a lieu, je pense, de refroidir un peu l'enthousiasme subit qu'a excité la vue de ces marbres. Il n'en est point ainsi des sculptures de Phidias ou du moins de son école. Ces sculptures ornaient, comme on le sait, les deux frontons oriental et occidental du Parthénon, la frise qui régnait dans toute l'étendue du temple, et les métopes qui séparent les triglyphes; cela forme une surface de près de cinq cents pieds couverte de bas-reliefs. Les sculptures des frontons étaient en ronde-bosse, et les statues y étaient posées sur la corniche comme sur un théâtre. Des frontons, dont Minerve occupait le centre , on n'a conservé que des fragments mutilés , dont les plus belles sculptures sont celles de deux déesses qu'on croit être Cérès et Proserpine; celle du dieu Ilissus, très inférieure, et celle d'un jeune héros assis, qu'on croit être Thésée. La frise représentait la procession des grandes Panathénées ; un fragment très bien conservé nous montre

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