QUATRIÈME PARTIE
un héros assis, et deux femmes ou deux déesses également assises. Sur les métopes était gravé le combat des Lapithes et des Centaures. On peut joindre à ces spécimens de la seconde époque de l'art grec , la belle statue de la Ténus de Milo, qu'on peut admirer au Louvre et dont le style est tout à fait analogue.
Ici l'admiration est universelle : tout est digne de l'enthousiasme ; presque toutes les règles de la beauté sont accomplies ; la vie coule à flots dans ces figures de marbre, la vie avec sa juste mesure, son excellence idéale, sa personnalité, son caractère; l'ordre et l'harmonie, la liberté des mouvements, le naturel et la simplicité des actions et des attitudes , tout y est. Il est impossible de rien voir de plus beau que le Thésée du fronton oriental, la Vénus de Milo, et la déesse de face du fragment de la frise que j'ai citée plus haut ; la pureté divine du front , la régularité des traits, qui sont pleins de force et de vie, l'expression tranquille et douce des yeux , la beauté admirable des seins découverts, la grâce des mouvements des bras étendus, l'action si forte , si calme, si noble, si simple de l'ensemble, la variété comme la mollesse des draperies élégantes, tout est admirable, et on ne peut comparer cette merveille qu'à la Vénus de Milo ; c'est une fusion, une pénétration merveilleuse de l'idéal et du réel, de l'élégance et de la force, de la simplicité et de la noblesse ; la grâce est ici dans la puissance et la majesté vivante, dans la mâle énergie, dans la simplicité antique qui rehausse et épure l'austérité des formes ; les mouvements ne sont ni trop multipliés ni
trop accentués ; tout se meut avec une action noble , naturelle, vive, mais pleine d'ordre et d'harmonie; les chevaux de la cavalcade piaffent et caracolent sous leurs élégants cavaliers pleins d'animation et de vigueur, coiffés du chapeau thessalien; cependant quelques uns des chevaux du fronton postérieur sont grossièrement faits : des têtes grosses, lourdes, sans oreilles, une arrière-main massive, nulle vie, nulle souplesse. Parmi les Choéphores, on en distingue aussi dont le type de visage est sans beauté , et dont l'épaule est abaissée et comme écrasée par le poids des urnes ; cela produit une impression pénible , et , de plus , elles n'ont pas assez d'idéal et de beauté ; mais comme naturel , comme vérité , comme naïveté de pose , comme rendu savant des attitudes et des draperies, tout est admirable ; leurs robustes poitrines respirent la vie et battent, le sang bout sous ces draperies transparentes. Toutefois il y a dans l'exécution des inégalités, et dans ce fragment de frise de la façade orientale, le héros présente encore dans le bras pendant , un peu de maigreur archaïque et une imitation trop voisine de la réalité. C'est le déprécier que d'appeler ce style angulaire, comme l'a fait Winckelmann ; mais ce n'est pas lui faire tort que de dire qu'il n'a pas rendu l'idéal dans sa perfection divine , qui est la grâce , et la grâce dans l'art, qu'est-ce autre chose que la beauté ? La force et la majesté ont leur beauté ; mais la grâce est la beauté même. Je ne crois donc pas juste de reléguer au second rang l'Apollon du Belvédère et le Laocoon ; je trouve que c'est un jugement bien sévère que de ne