‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 188 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

voir dans ces marbres, si longtemps admirés et toujours admirables, que ce des lignes déliées et subtiles et des perfections inanimées. »

Quoi! le Laocoon n'est qu'un habile composé de lignes subtiles? Quoi ! l'Apollon n'est qu'une perfection inanimée? Il ne vit pas, il ne respire pas, ce dieu dont l'orgueil de la victoire gonfle légèrement les narines; ce dieu superbe, plein de majesté comme de grâce, de vie comme de beauté? Sans doute il n'a pas ces muscles proéminents, cette saillie accentuée des nerfs et des os , ces amaigrissements des formes ; mais la divinité ne connaît pas ces misères qui accompagnent l'effort de la vie humaine, et l'idéal les supprime.

Au dire des Grecs eux-mêmes, ils préféraient Polyclète et Praxitèle à Phidias, et sans vouloir reléguer au second rang ce glorieux artiste, je crois pouvoir m'en tenir au jugement de tous les temps et de tous les artistes. Les récentes découvertes ont ajouté de nouveaux objets âmes admirations, mais ne les ont pas renversées. L'Apollon nous fait connaître un autre genre de beauté , mais non pas inférieur ; certes la vie y coule ; mais la simplicité y règne , le naturel et la force y éclatent, le caractère, la libre personnalité y saillissent ; la forme est pénétrée de l'esprit : tout dans le corps signifie, parle, exprime ; une harmonie céleste fond tous ces éléments dans une unité radieuse et forte , la grâce y triomphe et couronne l'œuvre.

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