‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 189 sur 235 · LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE

Jusqu'à présent toutes les formes particulières de l'art ne nous ont présenté l'idéal ou le Beau que sous l'apparence visible de la vie ; mais quelque parfaite que soit cette apparence , elle ne peut exciter en nous toutes les facultés créatrices de notre imagination ; ce n'est qu'une apparence : la sculpture n'est que du marbre ou du bronze inanimé ; la peinture qu'une illusion grossière , qu'une image sans vie. La musique nous fait pénétrer dans une sphère plus haute, pleine d'une action , d'une vie réelles , et dont la réalité ne détruit pas l'idéal. Le hasard ou les forces aveugles de la nature produisent des formes architec toniques dont la régularité merveilleuse étonne ; la pierre rongée par la pluie et par l'air ; le rocher battu par les vagues de l'océan ; le bois sculpté par le ver, offrent des formes plastiques qu'on dirait sorties du ciseau d'un artiste ; les dessins et les couleurs sont répandus sur la terre et dans le ciel avec une telle variété, une telle harmonie, une telle splendeur, qu'ils nous font souvent l'effet de l'art le plus habile, et qu'on a pu croire que le peintre était réduit à en reproduire la pâle et froide copie. Mais rien ne parle, rien ne chante dans l'univers muet, si ce n'est l'homme, ce à qui seul les dieux ont accordé l'usage d'une voix articulée. » * Les bruits les plus doux de la nature ne sont ni des paroles, ni des chants; rien n'articule ni un mot, ni un son, si ce n'est l'homme. L'homme seul a une voix, et cette

1 Plut., deMusic, 1.

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