QUATRIÈME PARTIE
voix est la forme la plus énergique et la plus pure de la vie qui est en lui ; elle est le retentissement le plus profond et le plus intime de son être. Tout ce qui vit a une voix, tout ee qui est muet semble mort. La voix humaine se confond tellement avec le principe vital, que toutes les langues l'identifient ou en marquent profondément l'analogie intime. La parole n'est qu'un souffle ; mais ce souffle est l'esprit , est l'âme et le principe immatériel de la vie. La forme étendue, palpable et visible, est en effet une condition de l'humanité ; mais le mouvement en est l'essence, et la voix est un mouvement ; le mouvement est immatériel, et le son de la voix est impalpable et immatériel. Tout ce qui se meut , vit , et tout ce qui ne peut pas se mouvoir, n'a au plus que l'apparence menteuse de la vie.
Or, le plus haut caractère de l'idéal est la vie, parce que l'être vivant, animé, pensant, est ce qui est le plus profondément sympathique à l'homme. Voilà pourquoi, lorsqu'un souffle sorti des lèvres humaines a retenti dans le creux d'un roseau sonore ; lorsque , sous la main de l'homme, a retenti la corde frémissante; lorsque surtout, sous l'impression de la beauté, il élève sa voix harmonieuse , la pensée est immédiatement jetée dans un idéal vivant, l'âme est émue et sympathise à ces sons qui lui rappellent et lui reproduisent un être semblable à elle-même.
Mais non seulement le son de la voix révèle l'être qui seul le peut produire ; non seulement il le révèle sous sa forme essentielle, le mouvement, l'acte, mais il le révèle sous sa forme la plus spirituelle , la plus immaté-
rielle, en un mot la plus idéale. Le son est un mouvement vibratoire des corps ; il suppose donc un corps , mais il le suppose seulement, et n'est point à proprement parler lui-même un corps ; ou si c'est un corps, comme l'air sonore , c'est un corps impalpable et invisible , qui se dérobe , ne se pèse ni ne se mesure , et qui, échappant aux catégories de l'étendue visible , semble se dérober à la catégorie même de la matière. C'est là ce qui fait le caractère céleste de la musique : elle n'appartient point à la terre ; c'est une invisible harmonie , qui ne se laisse ni toucher ni voir, qui n'a point de contact avec les choses matérielles, et qui, par là même, fait apparaître les radieuses visions de l'idéal. Il y a dans le chant quelque chose de divin ; il semble parfois, à l'entendre, que l'on entend comme un prélude des harpes célestes, comme un retentissement lointain, mais délicieux encore, des chœurs séraphiques des anges. Aussi de tous temps, en tous pays, le chant est inséparable de la prière, et en est la forme la plus naturelle comme l'expression la plus puissante; l'adoration est un état d'exaltation morale qui fait vibrer naturellement les cordes de la voix , et que le chant, par sa puissance d'émotion, peut seul exprimer ; le premier chant de l'homme est un hymme. Non seulement le son de la voix humaine nous révèle la vie et l'être; mais parce qu'elle touche de si près au principe de notre vie, à notre essence spirituelle, elle est comme pénétrée de tout ce qui le caractérise et s'imprègne profondément de notre personnalité. C'est la voix qui approprie la pensée, impersonnelle