QUATRIÈME PARTIE
de sa nature , et qui fait ressortir toutes les nuances du sentiment que le signe écrit est impuissant à traduire ; elle individualise tous nos sentiments, les marque d'un caractère particulier, et, par là, leur donne véritablement la vie et par conséquent la puissance d'attraction sympathique qu'ils exercent. Tout être vraiment vivant est une personne, et chaque personne a sa voix à elle , qui lui appartient en propre , et chaque sentiment a sa note, son timbre, son accent.
Tout le monde sent bien aujourd'hui quelle est la différence du son parlé et du son chanté. Il ne faut pas croire cependant que la distinction en soit facile à établir théoriquement ; et , en fait , en entendant chanter ou réciter des Arabes ou des Indous, on serait peut-être plus d'une fois embarrassé. La psalmodie même des prières dans l'Eglise latine et grecque, qu' est-elle? une musique, ou des paroles? Elle flotte entre ces deux formes, sans appartenir ni à l'une ni à l'autre : psallens pronuncianti vicinior erat quam canenli, dit Isidore de Séville. i II n'est pas sans importance ni sans intérêt de déterminer cette distinction avec soin.
L'isochronisme prolongé des vibrations de l'air ou des corps ébranlés , est donné comme le caractère du son musical dans toutes les théories d'acoustique ; c'est sur les nombres divers , suivant les divers degrés d'acuité des sons, de ces vibrations isochrones, qu'est établie la proportion , ou plutôt la série croissante qui
1 De Offic. Eccles., liv. I, eh. 5.
forme l'échelle ou la gamme des sons de la musique moderne. Mais la gamme moderne n'a pas été toujours ce qu'elle est : la gamme des peuples de l'Asie et de l'Afrique n'est pas la nôtre , et la nôtre est en train de se transformer elle-même, par suite de l'usage immodéré et de la vogue sans cesse croissante du piano. Ainsi, suivant M. Stafford, auteur d'un traité sur la musique cité par M. Ed. Du Méril, l'octave dans la musique indoue renferme vingt-deux notes, et il y a neuf cent soixante intonations différentes dans toute l'étendue de leur échelle musicale. Les Arabes divisent leurs intervalles en tiers de ton , et ils admettent des demi-quarts de ton ; par là , ils ont ou peuvent avoir autant d'intonations dans l'intervalle d'un ton que nous en avons dans l'étendue entière de notre octave. Les Grecs euxmêmes, dont les mathématiciens musiciens ont les premiers calculé les intervalles des sons , et par conséquent institué la première gamme , les Grecs avaient un genre , le chromatique, où la division se faisait par tiers, et un autre, l'enharmonique, où elle se faisait par quarts de ton, et, au rapport de Plutarque, c'était le plus beau et le plus majestueux. Rien n'empêche ces sons d'avoir un nombre de vibrations isochrones pendant un temps prolongé ; ainsi entre les cent vingthuit vibrations que donne Y ut le plus grave du violoncelle, et les cent quarante-quatre que donne le ré, il y a place pour seize nombres différents de vibrations isochrones, qui se prolongeront suffisamment, puisqu'elles se prolongent autant que celle de Yut, et répondront à autant d'intonations différentes. Tl y a