‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 193 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

variables de leur tension dépend le nombre des ondulations imprimées à l'air expiré. Ainsi le son sortant de la bouche est produit par les vibrations imprimées à l'air des poumons par les cordes vocales , et varie suivant les divers degrés de tension de ces membranes élastiques, suivant l'ouverture plus ou moins grande de la glotte , de la trachée artère , suivant la longueur très mobile du larynx, qui monte et qui descend à volonté.

Les premiers sons que fait entendre l'homme quand il sort du sein de sa mère , sont des cris , des gémissements , des vagissements ; les lèvres molles , les dents qui ne sont pas encore poussées , la langue encore enchaînée, inhabile, immobile, sont presque étrangères à leur production. On remarque même que ces sons vont rapidement s' affaiblissant, ce qui prouve qu'ils ne peuvent être maintenus que par un effet et un effort de la volonté dans leur identité et leur durée isochrone. Sous l'influence des besoins purement animaux, la voix reste inarticulée; à l'état naturel, l'homme peut crier, vagir, hurler, miauler, grincer, grogner : il ne parle pas, il ne chante pas, il n'articule pas.

L'articulation est un fait volontaire et un résultat de l'analyse, par conséquent de l'intelligence.

Articuler c'est décomposer tous les sons, si multiples, si voisins, si confus, que peut produire la voix, en sons élémentaires, distincts, simples, tellement simples que l'analyse ne va pas au delà , je dis une analyse sensible à l'oreille ; ils sont ainsi le dernier terme de

la décomposition, et par conséquent le principe de tous les autres. Mais rappelons-nous que les sons de la musique ne sont que des nombres de vibrations isochrones ; l'articulation arrivera donc à établir une proportion de nombres différents ; mais le nombre ne doit pas être uniquement saisi par l'esprit : il doit être sensible à l'oreille ; c'est un nombre animé, vivant; de 128 à 129 il y a une différence claire pour l'esprit; du son produit par 128 vibrations isochrones au son produit par 129 vibrations de même nature, il n'y a pour l'oreille aucune différence sensible, et lorsqu'on l'aura rendue sensible, elle pourra être incertaine; le rapport des nombres de ces deux sons ne sera pas clair ni certain pour l'oreille : dans le premier cas, il n'y a pas d'articulation ; dans le second elle est indécise et même fausse. Il y a plus : il ne suffit pas que l'oreille puisse reconnaître facilement, clairement, avec plaisir, le rapport qui lie les deux nombres ; il faut que la voix puisse les reproduire avec clarté , avec plaisir ; il faut donc qu'il y ait un saut d'un son à l'autre, une distance, un rapport fixe , constant, facile et agréable à entendre et à reproduire. Ce n'est pas tout : il faut que ces rapports soient des membres, c'est à dire des parties d'un tout ; il faut que je reconnaisse, dans la succession de ces sons, une loi unique et comme une raison arithmétique qui gouverne la progression des nombres, et, embrassant sous son unité la diversité des éléments, aille clore le rhythme : telle est la gamme diatonique , admirable création qu'a complétée Gui d'Àrezzo en créant un intervalle

Page 1