‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 194 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

nouveau, la 7e sensible, qui prépare et qui appelle la chute, et l'empêche de se précipiter brusquement et de tomber violemment. 1 Dans ce mouvement , dans cette marche , comme dans tout ce qui se développe , il doit y avoir des points intermédiaires, de même qu'un commencement et une fin. Ces temps intermédiaires, médiante ou dominante, lient le commencement à la fin et forment la proportion suivante :

128 — 160 — 192 — 256 ut — mi — sol — ut 2

On voit donc que lorsque la progression du nombre des vibrations va jusqu'à doubler, le son est le même, seulement plus aigu. La gamme est à la fois finie et recommence. Vut 1 est à Y ut 2 dans le rapport double ; le mi par rapport à Y ut , dans le rapport exprimé par la fraction — et le sol — ; les quatre notes forment plus simplement la série suivante : 4. 5. 6. 8. On reconnaît la simplicité de ces rapports , l'unité de la loi qui les régit et qui les rattache au même ensemble ; c'est un cercle parfait et complet; le ré, le fa, le la et le si, comblent les intervalles trop grands qui séparent chacun de ces nombres, et qui laisseraient à l'oreille un trop grand vide ; de plus, ils constituent, dans les divisions établies par le mi et le sol, une unité ; ils font à! ut ré mi , de mi fa sol , de sol la si , des unités indépendantes de l'ensemble, qui ont leur agrément en soi, et qui, tout en concourant à la beauté du tout, ont leur beauté particulière.

1 Cic. , Orat. Deponendus est eniui ille ambitus , non abjiciendus.

En dehors de ces sons, il n'y a plus de rapports fixes, constants, et dont l'identité puisse être constamment reconnue par l'oreille , reproduite par la voix ; il n'y a plus d'unité dans la succession des membres ; il n'y a plus de distinction nette qui les sépare et à la fois les lie; il n'y a plus de proportion, plus d'ordre, plus d'harmonie, plus de beauté : Pulchra numéro placent ; ratio sentit nihil aliud sibi placere quam numéros. La musique est donc une mathématique entendue, une combinaison , un système de rapports sensibles à l'oreille, une résolution et une discussion d'équations mélodieuses, et, pour mieux dire, animées et vivantes ; car le son n'est pas un nombre abstrait : c'est le nombre parlant, vivant:

La sensation n'est pas parvenue toute seule à créer ce noble système ; la raison est venue compter et calculer ces rapports, et dès l'antiquité même on discutait la question de savoir qui , de la raison ou de la sensation, devait donner les principes. En se fondant uniquement sur le calcul, on faisait entrer dans la musique le dièse enharmonique ou le chromatique que l'oreille rejetait. Pythagore oubliait ou voulait oublier que l'art n'est pas une pure jouissance de l'esprit ; que c'était un plaisir de l'imagination profondément liée à notre sensibilité ; que la forme du Beau devait être sensible et passer du monde de la sensation dans le cœur. L'oreille a donc rejeté pour jamais tous ces quarts, ces tiers, ces demi-quarts de ton , qui détruisent l'articulation musicale , en faisant rentrer les sons dans le domaine des cris inarticulés ,

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