QUATRIÈME PARTIE
temps fort et l'oppose au temps correspondant qui reste terne et faible. Cette alternance est naturelle et nécessaire ; elle se produit dans les mouvements des animaux, le vol de l'oiseau, le galop du cheval; elle se produit instinctivement et comme mécaniquement dans le mouvement du sang et le pouls des artères. Cette alternance répétée constitue un retour régulier, périodique, et l'unité du mouvement total est saisie par le caractère commun des mouvements particuliers ; le rhythme du tout est saisi dans les rhythmes particuliers , dans lesquels il se décompose , et qui ont, eux aussi, leur mouvement formé complètement , leur alternance , leur temps fort suivi d'un temps faible.
Le rhythme n'est parfait que lorsque la mesure l'achève et lui donne une règle absolue et des proportions numériques, géométriques, par le nombre arithmétique. C'est par la mesure, d'une part, qu'est établie la durée égale de chacun des temps qui composent le rhythme , et la durée égale de chacune des unités rhythmiques qui composent le rhythme continu. Il ne peut y avoir que deux espèces de rhythme, ternaire ou binaire , croissant ou décroissant ; il y a une infinité de mesures , surtout si on fait rentrer dans ce nom, comme on le devrait, ce qu'on appelle généralement le mouvement, qui ne fait que mesurer le degré de lenteur ou de vitesse de l'unité rhythmique. La versification ancienne fournit des moyens de reconnaître la différence plus sentie que définie du rhythme et de la mesure , que leur coïncidence a souvent fait
confondre ; l'iambe est un rhythme ; avec cet iambe on forme des vers d'une seule mesure ou d'une seule couple de pieds, qu'on appelle iambique monomètre ; des vers de deux mesures, qu'on appelle dimètres; de trois mesures, qu'on appelle trimètres, qui sont les plus usités.
Outre le rhythme du son , qui est presque instinctif, il y a le rhythme de l'idée, l'expression du sentiment, ce qu'on appelle la phrase, le style, l'accent, qui fait éclater la passion et où se révèle l'âme des sons. La voix est un mouvement ; mais il y a des mouvements produits par des forces mécaniques, animales. Pour arriver à la beauté, il faut que je sente que la voix a une âme : c'est par l'expression qu'elle y arrive ; cette expression dérange quelquefois la mesure et le rhythme mécanique du mouvement ; mais elle ne doit pas le détruire ou l'effacer, ou même le rendre insaisissable. Plus d'un musicien de talent , par ce défaut a fait de l'audition de ses œuvres une vraie fatigue d'un divertissement.
Le nombre , c'est à dire l'ordre, éclate partout dans la musique : c'est donc un art intellectuel ; mais comme c'est un nombre vivant, la voix d'un être qui pense, qui aime, qui jouit, qui souffre, c'est un art prodigieusement pathétique . Sans doute la musique est pathétique parce qu'elle parle à l'âme, que ses sons sont là comme la voix d'un être qui exprime ce qu'il sent, ce qu'il est, et qui, par l'ordre qu'il met dans cette forme expressive, se présente à nous avec les caractères de la beauté idéale. Sans doute la sensation de l'oreille