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QUATRIÈME PARTIE

mélodique, qui n'est, à aucune partie de la mesure, coïncidente pour aucun, si ce n'est à la fin qui, généralement , aboutit brusquement à un accord ; cet accord contraste avec le ton général, et semble exprimer leur étonnement de se voir enfin subitement réunis , après s'être si longtemps poursuivis sans s'atteindre.

C'est une chose assez singulière que l'homme ne se soit pas contenté , pour exprimer la beauté au moyen des sons, de la voix, le plus parfait, le plus pathétique, le plus idéal des instruments. Il a fait grincer des cordes, siffler des roseaux, mugir des tuyaux de cuivre, nasiller des anches frémissantes, tonner des peaux tendues frappées à coup de marteaux, éclater des cymbales retentissantes ; toutefois il n'a pas agi sans une raison profonde , ou plutôt sans un instinct supérieur de la beauté et de l'art.

L'homme n'est pas seul dans la création : la nature est le théâtre où il joue le drame agité de sa vie, la scène où il livre ce dur combat. De même que toute action se passe dans un lieu , et que les aspects de ce lieu peuvent être conçus comme ayant quelque rapport avec les sentiments de l'homme, de même, par une illusion naturelle , ou plutôt par une fiction dont il cesse bientôt d'être la dupe, mais dont il persiste à s'enchanter, l'homme imagine autour de lui une nature qui non seulement assiste à sa vie , mais y participe, s'associe à ce qu'il fait, à ce qu'il ressent, et mêle , comme le chœur de la tragédie grecque , sa pensée , ses sentiments , les met en commun avec ceux

de l'humanité. C'est surtout par la musique que cette illusion peut être facilement réalisée. L'homme ne peut guère s'abuser au point de croire voir agir, se mouvoir les objets inanimés ; leur vie est immobile ; mais il peut facilement imaginer qu'ils parlent , qu'ils chantent et s'associent par leurs voix à ses propres pensées; en effet, les objets ne se meuvent pas, ils bruissent : du sein de la création sort une harmonie confuse, vague, inarticulée, dissonnante, que la musique instrumentale reproduit, mais dont elle reproduit le charme seulement et la grâce.

L'art a été plus loin : il a créé une musique purement instrumentale , et a fait taire la voix de l'homme pour ne plus laisser parler que les objets extérieurs : cela a été le résultat d'une grande révolution dans l'art, et qui ne s'est pas accomplie sans résistance. Quelque légitime qu'ait été cette création déjà ancienne, on peut croire qu'on a été emporté trop loin.

Les anciens considéraient comme une véritable barbarie de faire entendre le son d'un instrument quelconque sans des paroles. La raison même qui faisait préférer par Platon la lyre à la flûte, c'est que celle-ci ne pouvait permettre au musicien de chanter. Sans aller jusque là, on doit reconnaître que si pathétique que soit un instrument, il n'arrive jamais à ce degré de puissance, de délicatesse, d'expression, de caractère, de personnalité, de pureté, que la voix seule possède. L'articulation de la voix est infiniment plus précise, plus tranchée, susceptible à la fois de plus de nuances et de plus de justesse ; la langue est un archet

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