‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 218 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Quels sont donc les genres ou les formes particulières de la poésie, et sur quoi sont-ils fondés? sur l'objet de l'imitation ou sur la manière dont on représente les objets.

Àristote use tour à tour de ces deux principes . nous sommes portés à admirer la grandeur des choses, ou, au contraire, à les voir sous leurs côtés petits et faibles : or, comme nous les reproduisons comme nous les avons senties, c'est de là que découle une grande division dans la poésie : les œuvres destinées à peindre, à louer et à célébrer le bien; les autres, à peindre et à censurer le mal ; de là la comédie et la tragédie, les ïambes et les hymnes, le Margitès et l'Iliade. Mais sans entrer à fond dans cette question de détail, ce principe peut bien sous -diviser les genres ; il ne les crée pas ; il y introduit des espèces, les caractérise, mais n'en fonde pas le principe générateur. Aussi Àristote lui-même a-t-il recours à un autre principe : les moyens divers dont use la parole rhythmée pour représenter ; ce n'est pas dans la matière immense que choisissent ou qu'usurpent indifféremment toutes les formes de la poésie, que l'on peut trouver en effet leur origine. On peut, en effet, par cet unique instrument de la parole, donner une forme à nos idées, et exprimer les conceptions de notre imagination de deux manières, mais de deux manières seulement : ou bien l'on raconte , ou bien l'on agit ou l'on fait agir des personnages vivants qui imitent des caractères, des actions ou des personnages fictifs. Le génie mimique ou d'imitation et le

goût du conte sont également naturels à l'homme; il est né conteur, comme il est né comédien : d'où le récit et le drame. On remarquera que, dans cette division des genres , a disparu la poésie lyrique , que Ton a coutume de considérer comme le troisième genre de la poésie, et qu'on caractérise par le chant; le récit, le chant, l'action, voilà par où seulement la parole peut exprimer la beauté et plaire. Mais il n'y a pas dans la poésie lyrique d'essence propre qui la distingue et qui l'isole, et l'élève au rang d'un genre véritable. Le chant est de la musique et appartient à un autre art que la poésie. Dira-t-on que c'est une forme qui s'associe naturellement et nécessairement à la musique, parce que la vivacité profonde des sentiments qu'elle veut exprimer ne peut pas être rendue par les formes ordinaires du langage des vers , et que là est sa différence propre et son caractère essentiel? Je répondrai que , loin de lui être à la fois particulier et essentiel, la poésie lyrique a partagé ce caractère d'être associée à la musique avec tous les autres genres , et que depuis longtemps elle l'a perdu comme eux et tout autant qu'eux. * Ce caractère, qu'on lui dit propre , était autrefois commun à la poésie épique et dramatique ; on dit qu'il lui est essentiel , et tout le monde sait qu'on ne chante plus aucune espèce de poésie, si ce n'est le lied et la chanson, espèces inférieures et à peine littéraires.

Je crois donc avec Àristote, avec Proclus, je dirai

1 Le poème épique , le plus populaire , parce qu'il a été un poème patriotique et religieux , a été partout chanté.

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