‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 219 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

même avec Bacon, qu'il n'y a que deux genres poétiques tirés de la forme de l'imitation, toutes ces différences ne pouvant guère être empruntées qu'à la forme, puisque les objets de cette imitation sont absolument identiques, puisqu'ils sont tous, l'homme, sa vie, son âme, ses actions, ses pensées , ses sentiments, ses passions. Quant à la poésie lyrique, elle nous paraît rentrer dans la poésie dramatique ; car elle est , ce nous semble , éminemment une action. L'ode est la forme que prend la parole pour exprimer une action solitaire, d'un acteur unique, au moins le plus souvent; c'est une action simple, unique, immobile, fixée et renfermée dans un seul lieu , dans un seul temps , le temps et le lieu présents ; mais c'est une action. Je vois un homme au pied d'un autel, élevant vers le ciel des mains suppliantes ; j'entends une ardente prière que son âme ne peut contenir et qui sort de sa bouche frémissante : qu'est-ce que cette prière, si ce n'est une action que l'on pourrait décomposer facilement en plusieurs actes ou en plusieurs instants ? Les évolutions du chœur qui se divise, la strophe, l'antistrophe, l'épode, et toutes les combinaisons systématiques de la poésie lyrique chez les Grecs, i ne sont- elles pas des coupures, des scènes diverses de l'action totale, et comme une répartition des rôles? L'ode est tellement dramatique dans son essence qu'elle admet des personnages. Il y a deux acteurs dans le

1 La parabase de la eomédie grecque se divisait en sept parties , auxquelles répondaient sept figures de danse, sept mouvements du chœur, et toute figure rhythmique du chœur, divisée en sept parties, s'appelait aussi parabase.

Donec gratus eram, et deux demi-chœurs dans le chant nuptial de Catulle ; les Idylles de Théocrite et celles de Virgile en ont presque toujours davantage. Les Grecs ne s'y sont pas trompés ; ils ne pouvaient pas d'ailleurs s'y tromper, puisqu'ils avaient des faits sous leurs yeux qui leur montraient l'identité réelle du chœur dans la poésie lyrique et dans la tragédie. Les hymnes, les pseans, les chants de victoire, de procession religieuse , les dithyrambes , étaient chantés dans les téménés des temples , autour des autels , sur les places publiques décorées pour ces fêtes et représentant un véritable théâtre. La plupart de ces odes étaient dansées, et la danse chez les anciens était mimique ; i cela constituait de véritables représentations dramatiques. D'un autre côté, qu'était-ce que la tragédie et la comédie? un chœur dansé et chanté en l'honneur de Bacchus. L'une est le développement des chœurs dithyrambiques, l'autre des chœurs phalliques , tous les deux consacrés à la même divinité. On peut donc soutenir que la poésie lyrique ne forme pas un véritable genre, et qu'il n'en est que deux qui se distinguent par la forme qu'ils donnent à leur imitation : le récit et l'action.

I Elle n'avait d'autre objet, dit Athénée, liv. XIV, p. 627, que de préciser le sens des paroles chantées au son desquelles on dansait. La danse s'unissant à la parole , constitue immédiatement le drame ou l'action théâtrale. Chez les anciens, elle se composait de trois parties distinctes : la marche, la suite des mouvements terminés par des pauses, qui transportaient le danseur d'une partie à l'autre du théâtre de l'action représentée ; la figure, la pose et l'attitude des danseurs , le dessin chorégraphique de leurs mouvements ; enfin la démonstration , qui était « moins une imitation qu'une représentation frappante des choses qui sont l'objet de la danse. » C'est l'introduction de l'action dramatique, comme on le voit, au sein de toute poésie chantée et dansée. Plut., Sympos., IX, 15.

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