‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 228 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

guinder pour se hausser ; on ne sent nul effort ; mais si Ton peut signaler ce défaut trop véritable dans le style, on ne le saurait faire aux situations et aux caractères.

On a remarqué1 que ce n'était pas par une complaisance ridicule pour les aristocraties, que la tragédie allait choisir ses héros parmi les princes. Tant que le monde ne sera pas reconstruit sur des bases nouvelles et contraires , il y aura des hommes , des races , en qui se concentrera tout l'intérêt de l'histoire; qui occuperont dans l'imagination des peuples, et dans leur respect, dans leur haine qui souvent est encore un hommage, un rang auquel la foule sans nom ne peut prétendre ; ils ont plus de pensées , plus de sentiments , plus de passions , et des passions et des pensées plus fortes et plus hautes ; l'âme remplit dans leur existence plus de place ; ils vivent davantage; la multiplicité des passions qu'ils éprouvent multiplie l'intérêt et la sympathie qu'ils provoquent ; l'homme conçoit de lui-même , en les voyant , une plus haute image, et les malheurs qui les atteignent l'émeuvent davantage, parce que la chute est plus profonde et le contraste plus accablant.

La tragédie grecque est la forme la plus parfaite du genre dramatique, et si le chœur a cessé d'être possible, la suppression de cet élément n'a pas entraîné la ruine de la forme entière. On y reviendra après en avoir rafraîchi les sources et fécondé l'inspiration.

— Vivre et se sentir vivre est tout le bonheur de l'homme; augmenter sa vie, multiplier et étendre sa

1 V. Hegel, Cours d'Esthétique, toni. I, p. 168.

vitalité, est toute son occupation ; s'identifier par la sympathie aux héroïques douleurs , ou aux chutes des tragiques vertus , même aux crimes des personnages dramatiques, jusqu'à en verser des larmes ou en frémir de terreur, est pour lui une jouissance : c'est lui-même qu'il a vu et qu'il a aimé , dans ce tableau de nobles misères et d'effrayantes faiblesses ; mais il s'est vu autre qu'il n'est, et plus grand, et plus libre ; il s'est vu en beau. Mais comment se fait-il qu'il prenne plaisir à voir de lui-même un portrait enlaidi, et n'ayant pas, dans le vice, cette profondeur, cette hauteur d'âme qui l'idéalisent? Comment, après avoir pleuré sur luimême , peut-il prendre plaisir à rire de sa sottise , de ses vices, de ses défauts, et à se donner ce spectacle qui devrait offenser sa dignité et blesser si durement son orgueil ?

Il y a là un phénomène étrange, peu connu, et dont on a donné les explications les plus diverses parce qu'on ne connaît pas la véritable. Peut-être a-t-on souvent confondu, et il n'est pas facile de les bien distinguer, le ridicule du comique, dont la profondeur ne se mesure pas toujours par l'intensité du rire; les fourberies de Scapin, les infortunes de M. de Pourceaugnac, Arlequin et Polichinelle exciteront toujours des rires plus bruyants et plus nombreux que le Tartufe et surtout que le Misanthrope.

Qu'est-ce donc d'abord que le rire? Ce n'est qu'une contraction nerveuse des muscles de la face. Le muscle est l'agent de la contraction, et c'est le nerf qui est le moteur du muscle ; mais le principe du mouvement

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