‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 232 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Le contraste de la passion de Tartufe et de ses intérêts, la lutte de ses vices les uns contre les autres, de sa luxure contre son avidité; l'aveu effronté, cynique, de ses impurs désirs, mêlé à l'hypocrisie de ses manières habituelles et de son langage confit et dévot , le rendent digne d'un mépris ironique et railleur ; quand il dépose son masque sous l'influence d'une passion qui, n'étant que sensuelle, n'est pas élevée, il reste justement exposé au rire , tandis que si son amour eût été pur il eût cessé d'être ridicule.

Je suis loin de comprendre parfaitement la théorie d'Hegel sur le comique, ni même celle de Jean Paul, qui semble y voir l'essence même de la poésie. Hegel veut que les travers des personnages soient plaisants pour eux-mêmes en même temps que pour les autres , qu'ils se plaisent à étaler leur propre sottise , disposés à en rire les premiers ; il nie par conséquent le comique dans Y Avare et le Tartufe, et l'admire dans Arlequin, Pierrot et Polichinelle. Je ne puis admettre ces principes : ce sont là des bouffons, des graciosos, des clowns, et non plus des caractères comiques. Àristote a fait une distinction un peu plus profonde et ce me semble un peu plus vraie , quand il nous a appris que ce la bouffonnerie l se moque des autres, tandis que le caractère comique fait rire de lui, mais sans le savoir. » Toutefois ce n'est pas encore une distinction du ridicule et du comique ; peut-être y a-t-il de la subtilité à la poursuivre : je crois cependant qu'elle existe. Les

1 Rhét., III, 18.

caractères seuls sont comiques; les situations, les accidents sont ridicules. Le comique entraîne une idée de moralité que n'accompagne pas nécessairement le ridicule. Comme la tragédie, la comédie est l'imitation d'une action, mais d'une action qui déploie le caractère comique des personnages, et où l'intérêt de la curiosité et de l'intrigue, non seulement ne nuit pas , mais concourt à mettre en relief et à développer dans son entier la moralité comique du personnage. Je ne conçois pas une forme de comédie plus parfaite que le cadre de la comédie de Molière ; même la comédie politique d'Aristophane me paraît d'un genre moins pur et moins élevé ; nulle création comique ne surpassera et peut-être n'atteindra le Tartufe et Alceste, pour ne parler que des figures principales, dans ces chefs-d'œuvre où se meuvent avec tant de vérité, tant de caractères si différents et de physionomies si prononcées.

J'ai cherché à démontrer que l'essence de la poésie lyrique ne consistait pas à être chantée. De toutes ses formes particulières , celle qui aujourd'hui est encore chantée, la chanson, est peut-être la moins lyrique. Ce qui caractérise la poésie lyrique c'est d'être le retentissement le plus intime de l'être, l'expression même du sentiment , le son de la lyre frémissante de l'âme ; c'est par là, il est vrai, qu'elle se rattache à la musique, ou plutôt qu'elle s'en rapproche ; aussi exploitet-elle le même ordre de sujets, et a-t-elle des moyens d'expressions analogues. Comme le sentiment manque de précision, de netteté, vise à l'effet pathétique, la

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