PREMIÈRE PARTIE
unes gardent ce caractère pendant un temps fort court, d'autres pendant un temps prolongé. L'isochronisme prolongé des vibrations qui constituent un son , en font un son musical. Qu'est-ce que cet isochronisme prolongé? c'est l'égalité de durée de chacune des vibrations pendant un espace de temps long relativement au temps total qu'embrassent toutes les vibrations d'un même son. Or, cette égalité, c'est un rapport, c'est un nombre ; de tous les rapports c'est le plus simple ; de toutes les proportions c'est la plus parfaite : c'est la proportion même. Or, cette proportion qui retentit en nous, cette harmonie qui accompagne certaines de nos sensations, comme dit Plutarque, il est évident que ce n'est pas la sensation qui nous la fait comprendre , car elle ne la contient et ne la possède pas ; par une sensation , ou plutôt à l'occasion d'une sensation , nous pénétrons au delà , au dessus de la sensation même ; nous voyons apparaître le nombre , la mesure, la loi, l'ordre, l'harmonie , un des principes intelligibles des choses , qui ne peut, cela est évident, être saisi que par un principe intelligent, par la pensée. Il y a dans les sons de la musique une loi qui ne peut être aperçue que par l'esprit ; le plaisir qu'ils causent contient l'intelligence du rapport tout intellectuel qui les règle. Tout rapport, en effet, est un fait intellectuel, et affirmer des rapports est un acte de l'entendement. Il y a donc dans la musique et dans le sentiment esthétique qu'elle produit, tout autre chose qu'une modification organique. Nous venons d'y voir éclater un caractère intellectuel dont la sensation ne peut pas rendre compte , et ce caractère
domine de bien haut l'élément sensible qui l'a révélé sans le contenir. Nous allons le voir se manifester plus visiblement encore.
Personne n'ignore, et c'est une expérience que chacun peut se donner le plaisir de faire, que si l'on met en vibration une corde tendue de manière à produire un son musical , si l'on touche fortement une note de piano par exemple , une oreille un peu exercée entend distinctement dans ce son unique , quatre sons différents : le son principal, son octave, sa tierce et sa quinte, soit pour la note ut unique, les notes ut, mi, sol, ut. Ce phénomène singulier tient à ce que dans une corde tendue , ébranlée par un mouvement ondulatoire , il se forme des nœuds de vibrations qui partagent la corde en parties 'proportionnelles, et, par suite, outre les vibrations de la corde entière, on entend les vibrations des parties de la corde que le mouvement ondulatoire produit de lui-même. Ce n'est pas tout : des expériences ingénieuses ont fixé dans l'espace la figure de ces mouvements partiels et de ces divisions naturelles , et ont prouvé qu'ils produisaient des formes régulières , géométriques , proportionnelles.
Quant aux quatre sons , que ces divisions accumulent dans un seul , les nombres de vibrations qui les constituent forment entre eux la proportion suivante :
rapports des plus simples qui constituent l'accord par-