‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 30 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fait du ton majeur. L'oreille exécute ici des mouvements merveilleux; car, puisqu'elle répète toutes les vibrations qu'elle perçoit, il faut qu'elle répète celles de la corde entière, et, séparément, celles des parties de la corde proportionnellement divisée par les nœuds de vibration ; c'est à dire que pendant que Yut l imprime à l'oreille 4 vibrations, le mi en imprime 5, le sol 6, Yut 2 8 ; en sorte que toutes les quatre vibrations il y a coïncidence entre les vibrations des quatre notes ; or, c'est cette coïncidence fréquente , mais variée , qui cause le plaisir de l'harmonie, et cette coïncidence est réglée, comme on le voit, par un rapport qui les lie ensemble et les ramène à l'unité. On peut donc dire qu'il y a dans la musique comme une mathémathique entendue , rendue sensible , une combinaison variée de nombres ou de rhythmes , pour ainsi dire une discussion et une résolution d'équations mélodieuses, ce La musique, dit Leibnitz , * nous charme , quoique sa beauté ne consiste que dans les convenances des nombres et dans le compte , dont nous ne nous apercevons pas et que l'âme ne laisse pas de faire , des battements ou vibrations des corps sonnants qui se rencontrent par intervalles. » Je ne pense pas avec Leibnitz qu'il n'y ait dans la musique que le plaisir de compter des vibrations ; je me réserve d'y trouver plus tard autre chose , et de trouver dans cette autre chose le caractère essentiel du fait esthétique musical. Mais nous en avons dit assez pour montrer clairement que la sensation fait partie du phéno-

1 Princip. de la Nature. Ed. Dutens. Tom, II, p. 38.

mène; il faut qu'elle s'y trouve, mais à condition d'envelopper une idée, d'être telle qu'à l'occasion de l'impression sensible, l'homme s'élève à des idées intellectuelles et morales, et, derrière le voile obscur qui la cache en même temps qu'il la révèle , voie resplendir la véritable lumière.

Le plaisir esthétique n'est donc pas tout simplement une sensation. La sensation en est une phase, elle y joue un rôle nécessaire; elle y a, comme disent Kant et Hegel, son moment ; mais elle n'en fait pas la qualité éminente , le caractère propre ; elle n'en détermine pas la véritable nature. A cet égard, à l'exception de Hobbes * et des philosophes de l'école sensualiste, nous trouverons peu de contradicteurs. Platon comme Àristote, Hegel aussi bien que Kant, même Diderot, qui ne voit dans le plaisir du Beau qu'une idée de rapports, tous s'accordent à refuser la qualité éminente de sensible au fait certainement moral dont nous nous occupons.

L'universalité des actes du goût est, aux yeux de Kant, ce qui les distingue des faits sensibles; mais cette universalité est, en un sens, fort contestable et fort contestée. Il n'y a rien d'universellement partagé que la connaissance, dit lui-même Kant; et, malgré les dis-

1 Thom. Hobbes. Brucker, tom. V, p. 121 , a analysé avec précision et concision tout son système :

1° Tout ce que les hommes désirent , on dit qu'ils l'aiment.

2° Tout ce qui est l'objet d'une appétition de l'homme, on l'appelle le Bien.

3° Le Bien qui s'annonce par des signes apparents , s'appelle le Beau.

4o Le Beau n'est donc qu'un bien visible , et le bien n'est que l'objet quelconque d'un désir.

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