‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 35 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tribue leurs fonctions d'une manière fort singulière : l'entendement est la faculté de connaître, et renferme les catégories ou les lois nécessaires à l'esprit humain pour connaître ; la raison est la faculté de désirer, et elle a pour objet les concepts de la nature et ceux de la liberté ; la troisième est la faculté de sentir du plaisir ou de la peine, au moyen de l'imagination, c'est le jugement. L'acte du goût se reconnaissant à la satisfaction qui l'accompagne , est donc évidemment et ne peut être rapporté qu'au jugement. De plus , comme c'est par l'intermédiaire nécessaire d'une image étendue, et par conséquent de l'imagination, que ce plaisir est transmis à l'âme ; comme par conséquent il est fondé sur des intuitions sensibles , sur une affection des sens , dont le rôle de l'imagination est de recueillir et de lier les perceptions isolées , il est encore évident que ce jugement est esthétique, c'est à dire fondé sur une sensation. Mais qu'est-ce donc que le jugement, et comment peut-il avoir pour caractère essentiel d'être accompagné d'un sentiment de peine ou de plaisir?

Le jugement est la faculté de ramener le particulier fourni par l'intuition au général, de concevoir, de penser l le particulier comme contenu dans le général. Ces lois générales, fournies par l'entendement, sous lesquelles l'esprit va déposer, subsume les éléments donnés par la sensibilité, déterminent les connaissances que nous pouvons nous former de la nature , et donnent lieu au jugement déterminant. La loi par laquelle l'es-

1 'denken. Critiq. du Jug. Introd.

prit subsume ainsi le particulier sous le général , lui est prescrite à priori; il ne peut s'y dérober, et comme elle lui est donnée d'avance , il n'éprouve aucune peine à la chercher, aucun plaisir à l'avoir découverte.

Mais il est un autre jugement. Les lois générales , les catégories de l'entendement ne satisfont point parfaitement l'esprit ; il désire s'élever aune unité plus haute, à des idées encore plus générales , lesquelles ne sont pas des lois nécessaires , mais seulement des besoins intellectuels, des desiderata logiques, qui n'ont point de réalité objective. Aussi ne les trouvons-nous pas directement, ne les pratiquons-nous pas nécessairement ; ce n'est que par une réflexion, par un retour de l'esprit sur l'infinie variété des lois de la nature , dont la confusion le travaille et l'irrite , qu'il éprouve le désir de les ramener à une unité véritable. Or, quand l'esprit ramène le particulier à une idée générale de la raison, qui n'était pas dans son entendement, qu'il n'a pu chercher et trouver que par un acte de réflexion, cet acte est un jugement réfléchissant : un jugement, puisque le particulier est ramené au général ; réfléchissant, puisque c'est la réflexion seule qui a cherché et trouvé cette idée de la raison, que ne contenaient ni l'entendement ni l'intuition.

Le plus haut de ces principes , la plus générale de ces idées , de ces désirs de la raison , c'est que la nature s'accorde, dans ses lois particulières et réelles, avec le besoin que notre intelligence éprouve de lui trouver des principes universels; en un mot, c'est le principe de la finalité de la nature. Entendons-nous bien ; il ne

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