PREMIÈRE PARTIE
s'agit pas ici d'une fin réelle, que, suivant Kant, nous sommes dans une absolue incapacité de connaître , et que nous ne pouvons qu'espérer et désirer : c'est la possibilité d'une fin. C'est un concept formel en tant qu'il ne contient pas le principe de la réalité de l'objet , mais qu'il n'est que la concordance de notre esprit avec une disposition de la nature qui n'est possible que suivant des fins. En un mot, il nous semble, et il est désirable pour nous que la disposition des objets de la nature ait eu un but, et le but de nous plaire. C'est une simple forme, sans aucune réalité ni subjective ni objective de finalité. 1
Cette idée désirée , péniblement cherchée, produit à celui qui la découvre une satisfaction véritable; et comme tout le monde la cherche et que tout le monde est doué d'un sensiis communis qui permet de la trouver, la satisfaction est universelle.
Yoilà comment le jugement, du moins le jugement réfléchissant, est accompagné d'un sentiment de plaisir et de peine, et comment on peut s'expliquer que Kant l'ait défini la faculté de sentir, définition qui ne laisse pas de causer quelque étonnement, fort légitime à mon sens.
Il y a des degrés dans ce besoin de l'esprit d'envisager la finalité de la nature et sa concordance avec notre faculté de connaître.
Le plaisir du jugement réfléchissant est produit en nous par l'harmonie de nos facultés cognitives avec les
1 Cf. , 3e partie , Système de Kant. On trouvera là plus de détails , sinon plus de clarté.
lois de la nature ; mais si dans ce jugement nous rapportons les objets contemplés à un concept déterminé , si nous cherchons en eux une finalité objective ; en un mot, si nous considérons dans l'univers les causes finales , la grandeur de ces notions nous détourne de la réflexion intérieure , du retour sur nous-mêmes , qui seul peut nous faire goûter l'harmonie, le jeu libre et insouciant de nos facultés. L'habitude se joint à cette cause pour effacer du jugement téléologique le plaisir qui y était primitivement attaché ; mais , au contraire , nous pouvons nous absorber dans la contemplation intérieure de l'état harmonieux de notre esprit, n'avoir présent à la pensée qu'un concept vague et indéterminé auquel nous rapportions les intuitions particulières ; alors le plaisir subsiste, parce que nous plaçons en nous-mêmes et en nous seuls la finalité de la nature qui semble avoir eu , dans ses créations et ses formes , pour unique but de nous plaire : c'est alors un jugement esthétique, car c'est uniquement ce qui, dans la représentation d'un objet, est purement subjectif, qui ne peut être un élément de connaissance, c'est à dire la sensation , peine ou plaisir, mêlée à cette représentation , c'est là ce qu'il y a dans ce jugement d'esthétique. Il faut observer que cet élément esthétique est la représentation de la finalité formelle , en ce sens que le plaisir lié à la représentation a sa source dans la forme de l'objet et non dans l'élément matériel de sa représentation, considérée comme sensation propre.
Je n'ai pas à discuter ici le fond du système , d'ailleurs très incomplètement présenté ; une analyse plus