‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 37 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

exacte et une discussion plus étendue trouveront place ailleurs : ce que je veux relever ici dans la doctrine du philosophe allemand, c'est qu'il fait de l'acte esthétique un jugement nécessairement accompagné d'un plaisir et ne se fondant sur aucun concept déterminé , mais uniquement sur les conditions purement subjectives et , selon lui , indéterminées de notre faculté de comiaître.

Il n'est pas aisé de trouver jour dans la masse compacte et dans Y argumentation d'un pareil système ; toutes les idées se tiennent , et , pour détruire une proposition, il faut s'attaquer à tout l'édifice. Ce n'est pas une œuvre agréable ni aisée. Je demande l'indulgence , la patience et l'attention du lecteur, que rendent également nécessaires et ma faiblesse et la difficulté du sujet.

D'abord, quelle est cette étrange classification qui attribue au jugement la fonction de communiquer à l'âme le sentiment de la peine ou du plaisir? Qui a jamais défini le jugement , c'est à dire, comme l'explique Kant lui-même , la faculté (si c'est une faculté) de ramener le particulier au général ; qui, dis-je, a jamais défini le jugement la faculté de sentir? Et sur quoi Kant a-t-il basé cette définition ou cette analyse étrange? sur un accident que lui-même reconnaît manquer aux deux tiers des actes qui appartiennent au jugement. Il y en a, en effet, on se le rappelle, trois sortes : le jugement déterminant, le jugement réfléchissant téléologique , le jugement réfléchissant esthétique. Or, ni le premier ni le second ne sont jamais

accompagnés d'aucun sentiment de plaisir, et parce que le troisième s'en trouve quelquefois suivi, cela suffit à Kant pour donner à la faculté générale qui les produit tous, pour caractère essentiel, pour définition propre, un accident si particulier. Ce n'est pas là, on l'avouera, une psychologie sérieuse et fondée sur une observation bien exacte. D'ailleurs, quand on accorderait que le plaisir accompagne toujours le jugement, le plaisir ne serait pas l'essence même du jugement. Ramener le particulier au général, ce subsumer certaines représentations, abstraction faite de toute sensation et de tout concept, sous les conditions subjectives, mais universelles, de juger en général, » ce ne sera jamais là sentir. Et malgré l'autorité de ce grand maître, ce n'est pas sans une surprise très naturelle qu'on le voit détacher l'acte de juger de l'entendement, à qui il appartient si clairement, pour en faire inutilement une faculté spéciale faussement confondue avec la faculté de sentir.

On pourrait, il est vrai, répondre pour Kant que, dans son système, et malgré la dénomination de jugements qu'il leur laisse , les actes du goût ne sont point de véritables jugements, car le particulier n'est pas ramené à un concept déterminé : or, comment concevoir qu'un jugement particulier comme celui du Beau, n'ayant aucun concept déterminé, soit un jugement véritable ? Mais il n'a pas laissé cette ressource à ses défenseurs. Je sais bien qu'il dit, en effet, que l'idée de la beauté exclut tout concept déterminé ; mais cela ne suffit pas de le dire , il faut nous forcer à l'admettre :

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